Ma vie d'expat', Ma vraie vie

On déménage ! (Vivre en Angleterre – le top 5 du pire)

Hello everyone !

Je me prépare, puisque d’ici un mois et demi, nous serons en Angleterre !

Comme nous sommes en train de préparer le déménagement, et un changement de vie complet, les trois prochains mois risquent d’être plus calmes sur le blog… En tout cas en terme de dessin ! (Je n’aurai pas ma tablette de tout le mois de Juin par exemple)

Après cette petite période de transition, j’espère que je trouverai le temps de continuer à poster régulièrement.

En attendant, pour fêter cette nouvelle, je vous propose une mini-série sur le top 5 du pire et du mieux en France et en Angleterre ! Voici le premier dessin de la série (qui ne donne pas très envie de partir, je vous l’accorde… Vivement les autres dessins ^^)

top 5 worst things about living in England

Dernière case :

– On se dit rdv à 19h ?

– Donc… Après manger ?

– Non non, on mangera ensemble.

– Comment ça ? Je prends mon dîner à 17h.

 

Je partagerai avec nous notre expatriation familiale. N’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube et/ou à nous suivre sur Instagram 🙂

 

Ma vraie vie

Un début difficile

Suite à l’annonce d’hier, je vous partage un texte que j’ai écrit quelques semaines après le début de grossesse :

 

Je regarde la deuxième barre devenir de plus en plus foncée sur le test de grossesse.

Le choc.

La panique. Je ne suis pas prête. Ça fait des mois que je le dis, que je le répète : je ne suis pas prête à revivre une nouvelle grossesse maintenant. Je ne suis pas prête physiquement. Je ne veux pas revivre les nausées, les insomnies, les douleurs, l’accouchement… Je ne suis pas prête moralement. Je ne veux pas mettre un terme à ce projet d’adoption qui me tient tellement à cœur.

La culpabilité. J’aurais dû faire plus attention. Comment une femme de mon âge peut-elle oublier sa contraception ?

La colère. Comment LUI a-t-il pu l’oublier ?

La panique, encore. Des flots de larmes. Au secours, je ne suis pas prête, je ne veux pas de ce bébé.

Le doute. Mais je saigne, depuis des jours ; ce n’est pas du vieux sang, c’est bien rouge : je fais peut-être une fausse couche ? Si ça se trouve, je panique pour rien.

Puis, l’attente. Je ne saigne plus.

Mathias est content. Ça m’angoisse. Pourquoi est-il content ? Ce n’était pas prévu. A-t-il déjà tiré un trait sur l’enfant qu’on s’imagine depuis un an, celui qu’on va adopter ? A-t-il bien compris que je n’étais pas prête ?

Et puis un matin, je me rends compte que je saigne à nouveau. Et, assise sur mes toilettes, j’ai une réaction qui me surprend : je fonds en larmes. Malgré tous mes efforts pour ne pas y penser, je me suis attachée à ce bébé. Il n’était pas du tout prévu, mais maintenant qu’il est là, je ne veux pas qu’il s’en aille. Je ne suis pas prête à revivre une grossesse. Je le suis encore moins à subir une fausse couche.

C’est la tristesse qui m’envahit maintenant. Et un peu d’espoir, un tout petit peu d’espoir. Pour la première fois, je caresse mon ventre et je parle à mon bébé. Accroche-toi s’il-te-plait, accroche-toi, je t’en supplie, ne pars pas.

Aux urgences, on m’annonce que je fais une fausse couche.

Voilà, c’est comme ça, ça devait arriver. Je m’en doutais, vu tout le sang que j’ai perdu. Je ne ressens plus rien. Peut-être que je suis dans le déni.

Mais quand je rentre et que j’en parle à Mat, il a beaucoup de peine. Il s’est déjà investi moralement dans cette grossesse. Il en a même parlé à une inconnue au parc ! Il pleure. Lui qui pleure si peu. Ça me fait mal au cœur. Que puis-je faire d’autre que de pleurer avec lui ?

Je culpabilise tellement. De ne pas avoir su que j’étais enceinte alors qu’à y réfléchir, il y avait déjà des signes. De ne pas avoir pris soin de moi. D’avoir mal réagi en voyant le test de grossesse positif… C’est surtout ça qui me brise le cœur. Ce bébé n’est resté que quelques jours à l’intérieur de moi, et la seule chose que j’ai su lui offrir, c’est le sentiment de ne pas avoir été voulu. Il méritait mieux que ça.

Le week-end est bien noir. On ne trouve rien d’autre de mieux à faire que de pleurer ensemble. On est bien, en fait. On est bien à souffrir ensemble. On se comprend. On parle peu. Juste ce qu’il faut. On a décidé que le bébé était un garçon. On lui a donné un prénom. On se demande si il compte comme un de nos enfants ? Oui, il compte. On se pose des questions de logistiques. Qu’est-ce qu’on répondra aux gens qui nous demanderont combien on a d’enfants ? « 4 avec nous, 1 au Paradis » ? Et l’enfant qu’on va adopter, ce sera notre cinquième ou notre sixième ? Ça n’a pas d’importance, il n’est plus là. Tristesse, désespoir. On fait le deuil.

Paradoxalement, au milieu de tout ça, on est en paix. Je n’ai jamais aussi bien dormi ces derniers jours que depuis plusieurs années. Je suis reposée. Je suis paisible. Mathias aussi. On s’autorise à sourire.

Concentrons-nous sur les vivants. Notre tout petit bébé ne souffre pas. Nos autres enfants ont besoin de nous.

Le lendemain, je refais une prise de sang pour vérifier que mon taux d’hormones est bien descendu et que je n’aurais pas besoin d’un curetage. Ce serait ma hantise : je déteste les hôpitaux… J’y vais à reculons, la gorge serrée.

Je regarde les résultats sur internet le midi même. J’ai peur. La page s’affiche.

Le verdict est devant moi : mon taux d’hormones est remonté. J’ai la sensation de me prendre une claque en pleine tête. Qu’est-ce que ça veut dire ??

Ca tourne, trop d’émotions se chamaillent : le choc, l’espoir, la colère, le soulagement, la panique, la tristesse…

Je ne m’attendais pas à ça !

Ça veut dire que notre bébé s’est accroché ?

On nous a laissé faire le deuil d’un bébé qui n’était pas parti ?

Ouf, je n’ai pas fait de fausse couche…

Attendez, je suis enceinte ? Mais je ne suis pas prête !

Oh non, ça veut dire qu’on doit annuler notre projet d’adoption ?…

La commission nous a accordé l’agrément d’adoption le jour où j’ai appris que j’étais toujours enceinte. Quelle drôle d’ironie.

Je ne sais plus quoi penser. Être triste, me réjouir ? Où suis-je censée me situer maintenant ? Quelle est la légitimité de mes émotions au milieu de cette tempête ?

Je dois me réjouir, bien-sûr. Une nouvelle vie est un cadeau. Qu’elle soit arrivée par surprise ne veut pas dire qu’elle ne fait pas partie d’un plan plus grand que le mien. Il va juste me falloir du temps. Et je pense qu’il n’y a rien de mal à avoir besoin de temps.

Petit bébé, merci de t’être installé sans y avoir été invité.

Ma vraie vie

Je ne l’ai pas aimée tout de suite

Je ne l’ai pas aimée tout de suite.

Elle est née comme je l’avais rêvé, chez moi, en compagnie de son papa et de notre sage-femme.

Pas tout-à-fait comme je l’avais imaginé, bien-sûr. Elle a pris son temps. Elle a choisi de naître en plein milieu de la journée, à l’inverse du cocon nocturne que j’avais naïvement espéré, et à une date que j’aurais préféré éviter.

Mais peu importe. Elle est née le jour où elle devait naître, et d’une façon presque idyllique.

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Alors pourquoi je n’ai pas senti cette montée d’amour maternel dès que je l’ai prise dans les bras ? Je ne sais pas.

Peut-être que c’était le choc de découvrir qui elle était. Une fille ! J’étais persuadée d’attendre encore un petit garçon.

Peut-être que c’était plutôt les commentaires des autres qui, immédiatement après leurs chaleureuses félicitations, enchaînaient avec un clin d’œil – coup de coude en appuyant à QUEL POINT je devais être heureuse d’avoir ENFIN une fille. Tous ceux sûrs et certains que j’avais secrètement espéré que ce soit le cas pendant toute ma grossesse sans jamais oser l’avouer.

Et dans mes rêves les plus fous – quand je me disais « Et si ?… » en imaginant une potentielle fille – elle avait la peau claire, les cheveux châtains, une bouille toute ronde et des petits yeux noisettes. Elle ne ressemblait pas du tout au bébé réel que je tenais dans les bras, qui me regardait de ses grandes billes noires, vêtue d’une peau presque métisse, et qui pesait moins lourd que tous ses frères à la naissance.

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Oh, je ne l’ai jamais repoussée. Elle était si petite ! Si mignonne ! Si bébé !

Les premières semaines, je m’occupais d’elle avec plaisir. J’étais tellement heureuse d’avoir à nouveau un bébé. Mais j’étais aussi très consciente que je prenais soin d’elle comme je l’aurais fait de n’importe quel bébé : par amour des nouveaux-nés, par amour des premiers gestes de tendresse, par amour du portage, de l’allaitement, des vêtements miniatures, de l’idée d’une famille nombreuse ; sans doute aussi un peu par fierté d’avoir accouché et par bonheur de retrouver mon corps. Mais pas parce qu’elle était MA FILLE.

Elle était très facile. Elle dormait beaucoup (comme cela a bien changé aujourd’hui !), elle ne pleurait jamais, elle se nourrissait très bien, et elle était déjà visiblement très en éveil. Rien de bien compliqué.

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Malgré tout, au fil des semaines et des mois qui passaient, j’étais de plus en plus vigilante au moindre signe d’amour que je pouvais éprouver envers elle… Et il y en avait, bien-sûr. Pourtant, à aucun moment je ne les ressentais comme l’amour inconditionnel et surpuissant d’une mère envers son enfant. Est-ce que mon amour pour elle à cette époque était fragile ? Est-ce qu’il aurait été mis à l’épreuve si elle n’avait pas été aussi facile ? Peut-être. Sans doute. Heureusement, la question ne s’est jamais posée.

Et puis il y a eu un matin, quand elle avait neuf mois (la durée d’une grossesse, coïncidence ou pas ?), un matin où j’ai SU. Je l’ai sortie du bain, comme d’habitude, j’ai déposé un bisou dans le creux de son cou, ma faiblesse, je l’ai regardée, elle m’a regardée, et pour la première fois, nos regards se sont vraiment rencontrés. Et dans ses immenses yeux noirs, j’ai vu la promesse d’un lien qui ne faillirait jamais. J’ai vu nos ressemblances. J’ai vu que je l’aimais.

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Si vous me demandez maintenant à quel point je l’aime, je vous répondrai sans hésitation que je mourrais pour elle, que mon cœur se remplit de joie rien qu’à penser à elle, et que je me sens incroyablement bénie d’être sa maman. Et je vous le répéterai encore pour être sûre que vous ayez bien compris que mon amour pour elle est indiscutable, et d’ailleurs, est-ce que vous êtes conscients que vous parlez d’une personne EXCEPTIONNELLE ?

Si seulement vous pouviez la voir comme je la vois.

Ma fille.

Je ne l’ai pas aimée tout de suite, mais maintenant, qu’est-ce que je l’aime !

 

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Sur un de ses pyjamas de naissance : « programmé(e) pour aimer »

Ma vraie vie

Une semaine seule avec les enfants

Petit journal de bord

 

Mercredi 7 Mars

Mat est parti. Il est 7h du matin et il est parti, et me voilà donc seule avec nos 4 charmants bambins. Enfin, seule, pas tout-à-fait, puisque je suis encore chez mes beaux-parents chez qui je suis descendue pour lâchement abandonner mes deux grands, euh, pardon, pour que William et Ezra vivent quelques jours formidables avec leurs grand-parents et leur grande tata.

Je pars en début d’après-midi après leur avoir fait 1000 bisous, direction Marseille avec mes deux petits pour rendre visite à ma meilleure copine de CE2 qui vient d’avoir un bébé. « Marseille ??? » s’étonne mon beau-père qui sait à quel point je n’aime pas conduire. Oui, pourquoi ? Ce n’est qu’une fois dans Marseille que je comprends. Disons qu’une grosse voiture dirigée par une conductrice paumée dans une ville labyrinthe, c’est du comique. Je pensais mettre 30 minutes, je mets une heure. Mais j’arrive ! Toute contente, je détache Noé : flûte, il est en chaussettes. Purée, j’ai oublié ses chaussures chez mes beaux-parents.

« C’est pas grave Noé, c’est rigolo de marcher en chaussettes sur la route, hein ? Oui t’as vu c’est un peu mouillé, hahaha que c’est drôle, quelle expérience fascinante, allez avance. »

Rencontre avec la jolie Emy et sa toute aussi jolie maman, papotage, jus de pomme, et retour dans la voiture. Je pars juste à temps pour être de retour à Montélimar pour mon cours de danse. J’ai demandé à ma baby-sitter de venir garder les petits ce soir. C’est que je ne suis pas qu’une maman, non mais oh, je suis une femme aussi, c’est important que je prenne soin de moi.

« Tu feras gaffe aux bouchons en partant de Marseille » m’avait dit mon beau-père. Il sait tout celui-là ou quoi ? Bloquée dans les bouchons. C’est pas grave, zen, ça avance quand-même ; doucement, mais ça avance. Oups, j’ai raté la sortie. Pour rattraper mon retard, je roule à 130, enfin presque, faut pas exagérer, j’ai peur en voiture et j’ai mes enfants à l’arrière. Je flippe pendant 2h mais JE REUSSIS, j’arrive pile un quart d’heure avant l’heure fixée avec la baby-sitter. Un dernier coup d’œil à mon téléphone : tiens, elle m’a écrit ? « Vraiment désolée de devoir annuler, bla bla bla… » Elle m’a écrit il y a plusieurs heures, mais je ne vois son message que maintenant. Allez les kids, on rentre. J’avais prévu quoi à manger ? Des pâtes ? Allez on fait des pâtes.

 

 

Jeudi 8 Mars

Un ami infirmier doit passer me faire une prise de sang à 9h30, je dois être à jeun. Hier je croyais que j’allais mourir de faim, mais quand il arrive, j’ai à peine eu le temps de faire manger les petits et de les habiller. Zut alors, ils font comment les autres ? Bon, au moins je n’ai pas vu le temps passer, si ça se passe comme ça toute la semaine, ça sera cool.

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Il regarde mon ordonnance, fait une blague à propos du fait qu’il s’était demandé si c’était pour tester le taux de béta HCG, je rigole nerveusement, non (NON.). C’est juste pour vérifier mon taux de ferritine parce que je suis très fatiguée et que je ne sais pas si c’est parce que je suis anémiée ou parce que j’ai des enfants.

Il repart, il est 10h. Noé me regarde. Eden me regarde. Mince, ils attendent que je dise quelque chose ?

« Coucou les enfants ! »

Me voilà devenu clown, ok. Silence nerveux. On fait quoi maintenant ?

S’ensuivent les deux heures les plus longues de ma vie à jouer à caché-coucou et au memory avec un enfant qui ne suit pas les règles et un autre qui mange les jetons.

Puis, on mange. C’est bien silencieux, ça fait bizarre. C’est quand la sieste que je puisse utiliser mon téléphone sans culpabiliser ?

Ouf, ils dorment. Et moi aussi.

L’après-midi je vais voir une copine qui habite dans le quartier et qui a deux enfants du même âge que les miens – ça tombe bien, dis-donc. Les enfants s’amusent, je papote avec ma copine, on rentre pile à l’heure du dîner, les petits s’endorment facilement et j’ai une petite soirée à moi toute seule pour finir l’apéro en cachette et continuer ma série du moment – wahou, je gère !

 

 

Vendredi 9 Mars

Les enfants se sont relayés cette nuit pour m’empêcher de dormir plus de deux heures d’affilée, mais je me rappelle la journée d’hier, je gère, ça va aller. D’ailleurs je suis super efficace : j’ai mis la musique pour combler le silence qui devenait pesant, les enfants sont douchés, habillés, ont mangé un petit déjeuner équilibré, la maison est propre et rangée, et j’ai même pris ma douche. Elle est où ma médaille ???

Je vais voir une autre copine qui habite dans le même quartier (et qui a des enfants d’âges similaires aux miens, oui, encore). Elle ne s’étonne même pas que Noé vienne en bottes de pluie alors qu’il fait si beau. J’explique tout de même un peu gênée que j’ai oublié ses chaussures à Aix, je sais bien qu’elle s’en fiche, mais il faut que je déculpabilise (après tout, il a des bottes et c’est mieux que pieds-nus !) Je repars à l’heure du déjeuner parce que j’ai bien compris le truc : on mange et on fait la sieste, comme ça on saute les 30 parties de mémory ni vu ni connu et tout le monde est content.

Sauf qu’Eden ne veut pas dormir. Elle signe « tétée », tétouille, rigole, va se promener, revient, signe à nouveau, puis change d’avis, monte sur la chaise, puis sur la table… Je la descends ; elle croit que c’est un jeu : elle y retourne. Au bout de quatre fois j’enlève les chaises d’autour de la table. Ah il est beau mon salon comme ça, avec la table au milieu et les chaises éparpillées à deux mètres autour. Je m’installe sur le canapé. J’ose fermer les yeux quelques secondes. J’entends « jjjjjjjjjjjjj », je me redresse : Eden a poussé une chaise jusqu’au mur et appuie en rigolant sur le bouton qui fait descendre le volet électrique. Je vais faire pipi. Quand je reviens, Eden a vidé le contenu d’un placard de la cuisine.

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Allez, je la berce un peu, je l’allaite encore : elle finit par s’endormir, youpi ! Tiens, Noé se réveille…

Le soir, j’attends deux copines. J’ai réussi à coucher les enfants avant leur arrivée, c’est cool. Je n’ai pas eu le temps de manger mais on s’est dit qu’on ne ferait pas longtemps parce qu’on est toutes fatiguées ; je grignoterai après si besoin. Elles arrivent avec une heure de retard, mais impossible de leur en vouloir : elles sont mamans elles aussi et elles ont fait l’effort de venir jusqu’à chez moi. Et l’une d’entre elle doit accoucher d’un jour à l’autre ! Elles repartent assez tard, tant pis pour mon dîner, je vais me coucher.

 

Samedi 10 Mars 

Nuit pourrie.

Ma copine enceinte a accouché ! Danse de la joie. Noé me réclame une histoire. Eden me réclame une tétée. Je suis fatiguée. Je propose un dessin animé. Il veut pas, l’ignare. Encore une partie de mémory ? Bon…

Pendant ce temps-là, ma belle-mère m’envoie des photos des deux grands qui ont l’air de vivre un véritable voyage organisé : parc, bibliothèque, travaux dans le jardin, mer, restaurant, emplettes en ville…

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Je regarde chaque photo en m’extasiant devant la beauté de mes fils à qui je n’ai pas l’air de manquer du tout !

Mat aussi m’envoie des photos : il est en Caroline du Sud avec son frère, se repose dans des maisons et des hôtels de luxe, fait des nuits complètes tous les jours et a même le choix de faire la grasse mat’ si l’envie lui prend.

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Tsss… J’hésite entre lui répondre « Merveilleux ! Profite bien mon amour ! » et « T’as intérêt à revenir en forme pour masser mon pauvre dos et t’occuper des enfants pendant que je dors ». J’opte pour la première option, le pauvre, je briserai ses rêves à son retour.

Pour combler l’après-midi, et histoire de convaincre la terre entière que je suis une bonne maman, j’ai prévu d’emmener les enfants à une aire de jeux couverte après la sieste. Sieste qu’ils ne font pas. J’écris à ma copine à qui j’ai proposé de m’accompagner pour lui dire de me rejoindre là bas parce que je serai en avance. J’en peux plus de faire semblant de ne pas savoir où sont les paires de ce fichu mémory.

Il y a une aire réservée aux moins de quatre ans, ce sera parfait pour nos petits, et comme ils se seront bien dépensés, ils dormiront mieux cette nuit : le plan parfait ! Sauf qu’on est samedi après-midi et que les enfants qui jouent dans la piscine à balle ont largement plus de quatre ans (mais où sont leurs parents ??) et n’en ont rien à faire d’empiéter sur l’espace des pauvres bébés qui n’osent plus s’aventurer dans la structure en mousse. Ma copine arrive avec son fils (qui a l’âge d’Eden. Décidément, c’est une épidémie.) Elle est enceinte, ça se voit, parce qu’elle pleure en me racontant le truc le plus banal du monde. Je ne sais pas comment réagir alors je ne dis rien, #copinenulle. Mais elle est vachement plus affirmée que moi et c’est finalement elle qui osera dire un mot aux grands qui embêtent tout le monde. On essaie de se parler avec ma copine mais Eden s’enfuit, puis son fils, puis Eden, puis son fils, puis Eden… Surtout Eden. Elle veut faire du trampoline, mais comme elle ne sait pas sauter, elle marche dessus à quatre pattes en attendant qu’un grand saute à côté, puis elle me force à regarder douloureusement sa pauvre tête se balancer de droite à gauche et de haut en bas (ses cervicales !), pendant qu’elle éclate de rire et qu’elle en redemande.

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Pas fâchée de repartir, même si ça m’a fait plaisir de voir que les enfants se sont bien amusés.

On passe par Carrefour pour la raison la plus nulle qui soit : j’ai pensé à faire toutes les courses alimentaires de la semaine avant que Mat s’en aille, mais j’ai oublié d’acheter du PQ. J’en profite pour prendre des mini-beignets incognito. A la framboise, mes préférés.

C’est l’heure de dormir, youpi ! Problème : Noé résiste. Quoi, mais comment ça ? Après la journée qu’il a passée ? Après tous mes efforts pour qu’il se dépense ? Après avoir résisté tant bien que mal à la tentation de vérifier mon téléphone plutôt que les jetons de mémory ? C’est comme ça qu’il me remercie ? Tant pis, j’ai faim, je suis fatiguée, ça fait une heure que je suis installée amoureusement à côté de lui à répondre à ses moindres besoins, maintenant, je descends. Il me suit. Il voit les beignets. Il me regarde avec ses grands yeux. Je ne craquerai pas.

Je craque.

Il revient deux minutes après pour me dire « C’est bon ça » en me montrant la boîte de beignets. Je le regarde. Il me regarde. Ses yeux ! « Bon, un DERNIER ! » je dis, pour faire semblant de garder le contrôle de la situation, mais je vois à son sourire qu’il sait déjà qu’il a gagné.

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Dimanche 11 Mars

Nuit ultra-pourrie. A 1h du matin je compte déjà 5 réveils. Je les installe dans mon lit histoire de ne pas faire des aller-retours entre ma chambre et la leur. Grave erreur : ils prennent toute la place, je dors très mal, et ils semblent s’être donnés le mot pour se réveiller à intervalles régulières. Je me réveille épuisée. Tant pis, je leur mets un dessin animé.

A ma grande surprise, Noé s’arrête au moins trois minutes pour le regarder. J’en profite pour écrire à Mat et lui raconter mes nuits pourries. « Et en plus j’ai eu les résultats de la prise de sang, ils ont confirmé que je manquais de fer, tu vois, je t’avais dit que j’étais fatiguée ! » Il s’en fiche, mais il répond gentiment. Raaa, toujours obligé d’être gentil, celui-là !

Je suis fatiguééééééée…

J’ai mes règles. Nul.

Ah non cool, je vais pouvoir tester la cup !

Memory.

Petit coup de balai.

Memory.

Et ce linge qui n’en finit pas…

Memory.

« Tu veux pas plutôt faire un puzzle ? »

Memory.

Repas.

Dodo.

Au moins, on passe deux petites heures à l’église en fin d’après-midi. Je retrouve une autre copine qui a des enfants du même âge que les miens (oui oui… je sais), mais qui est venue seulement avec son plus petit, parce que les autres sont malades. On n’a pas besoin de beaucoup se dire, on se comprend.

Le soir, les grands reviennent !!! C’est la joie, on est tous heureux de se retrouver, ça fait plaisir. Par contre, mes oreilles souffrent. Je m’étais habituée au silence, finalement. Je ne sais pas si j’aurais dû.

C’est trop bien la cup.

 

Lundi 12 Mars

La nuit ne se passe pas trop mal, mais le réveil est bien matinal : 5h50. Puisqu’il n’y a pas le choix… J’avale jus de citron maison sur jus de citron maison.

William est chou et m’asperge de petites remarques adorables, du genre :

« T’inquiète pas maman, t’es pas toute seule, on est là, on va t’aider ! »

Ses bonnes intentions durent le temps du petit déjeuner.

Noé et Ezra se frittent toute la matinée. Noé qui a été adorable ces derniers jours (on lui pardonne même son amour écrasant pour le memory) se met à chouiner, râler, hurler, pleurer, crier, et tous leurs synonymes. William hausse la voix pour se faire entendre. Les 4 me réclament en même temps. J’entends seulement un brouhahaha mais j’essaie de leur expliquer que je ne peux pas les écouter tous à la fois. Ezra me coupe la parole.

Aïe, je sens que je commence à perdre patience… Je m’enferme derrière la porte des toilettes, je prends une grande respiration, je fais une petite prière rapide (il me faut de la force, du repos, de la sagesse, et une bonne dose de contrôle de moi-même), puis je suis interrompue par Noé qui hurle que je-ne-sais-qui lui a pris je-ne-sais-quoi. J’ai envie de crier, mais je chuchote à la place. C’est mon petit truc, pour ne pas craquer. Je crois que les enfants savent que ça veut dire que je suis à bout, parce qu’ils se calment… un peu.

La sieste : un MIRACLE ! Eden s’endort SEULE, DE SON PLEIN GRE, ce n’est jamais arrivé ! Noé et Ezra s’endorment rapidement. Ne reste que William qui se plaint qu’il a encore très faim après avoir repris trois fois des pâtes. Je lui marmonne de se servir quelque chose à manger pendant que je fais la sieste. On dirait que je lui ai annoncé qu’on va partir deux semaines aux Maldives.

Quand j’émerge de ma sieste, il a mangé cinq bols de céréales. Il a cinq ans, purée, pas quinze !

Le reste de l’après-midi est un fiasco TOTAL. Ça crie, ça pleure, ça n’écoute rien, ni moi, ni les autres. J’essaie de les sortir mais ils piquent une crise. On rentre. Une copine passe à la maison et voit l’état des enfants. J’ai honte ; je tente une blague : « heureusement que ce n’est pas tous les jours comme ça… » J’avais l’impression de gérer les premiers jours, je rigole moins ce soir.

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J’ai envie de pleurer. Il revient quand, Mat, déjà ?

 

Mardi 13 Mars

6h et quelques, je croise William dans le couloir. « J’ai faim ! » Bonjour mon chéri… Va manger si tu veux, moi je me recouche. Il est heureux, mon chéri, parce qu’il sait que les grand-parents ont rapporté les restes de leur séjour et qu’ils auront donc des céréales pour le petit déjeuner. J’entends Ezra qui descend, puis Noé. Eden, réveillée depuis longtemps, n’a pas perdu une miette de ce qui se trame et essaie de me faire comprendre qu’elle veut descendre. J’essaie de lui faire comprendre que je veux dormir. Mère indigne.

Je finis par me lever, en passant d’abord par la salle de bain. Eden descend les escaliers. J’entends William qui l’accueille : « Bonjour ma petite Eden ! Tu as bien dormi ? » Il est chou, ce William. Je l’imagine en train de lui proposer un petit truc à manger… C’est lui qui interrompt mes pensées en toquant à la porte : « Bonjour maman, comment ça se passe pour toi ? »

Amusée, je réponds : « Ça se passe bien merci, et pour vous ? »

« Oui merci maman, je viens juste te dire que je pense que tu auras un petit peu de rangement à faire… »

En effet : en bas, Eden est assise sur la table, les fesses qui reposent dans une flaque de lait. Le linge (propre) a été délicatement mélangé avec ce qui se trouve sur la table. Le contenu de la boite de Rice Krispies est étalé dans tout le salon. Noé est en train de se servir directement par terre. Je souris.

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« Tu es fâchée, maman ? »

Non, bien-sûr que non. C’était bien joué, c’est vite ramassé, en demi-heure tout est remballé et la table et les enfants sont propres et habillés. Il ne reste plus que moi, les cernes pendouillantes et le ventre qui dépasse du pyjama – j’ai dû trop manger de mini-beignets à la framboise ces derniers temps.

William galère à finir son rubik’s cube. Je l’aide. Puis je lui dis : « Tu vois, il y a toujours une solution ». Il réfléchit intensément, semble se souvenir de quelque chose, puis rétorque : « Tu te souviens un jour, quand t’as dit « oh-oh, on a un problème ? » »

Euh… Oui ?

« Eh ben si y a toujours une solution, ça veut dire qu’il n’y a jamais de problèmes, non ? »

Merci William. Les parties de mémory me semble à 1000 kilomètres… Mais elles sont bien là : je vois Noé qui se ramène avec la boîte. J’esquive :

« Les enfants, ça vous dit un dessin animé ? »

Oui, j’assume : j’ai tenu bon hier quand ils étaient d’humeur exécrable, ça fait sept jours que je gère seule, je suis crevée, et je connais mes limites. Enfants contents (surtout les grands, car les petits ne s’y intéressent pas… mais restent calme. Ouf !)

Je fais un repas que tout le monde aime. Pas de cri. Tout le monde mange. William ne termine pas son assiette. Il se permet une remarque : « Parfois j’ai très faim, parfois j’ai moins faim ». Quelle sagesse.

L’après-midi, j’ai prévu une sortie vélo avec un couple voisins et leurs enfants (qui ont presque le même âge que les miens, mais vous l’aurez deviné). Je ramène mon matériel, c’est-à-dire trois casques (dont un trop petit), une draisienne, et un vélo qui ne roule plus. Heureusement, Nicolas et Lysdoria, le fameux couple, ont rapporté de quoi satisfaire tout le monde (ils feraient de la contrebande dans le domaine du vélo que ça n’étonnerait personne). Youpi, on va se promener, ça va être chouette !

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C’était vachement plus chouette dans ma tête, parce que pendant la moitié de la promenade, les enfants râlent, pleurent, se plaignent qu’ils s’ennuient, que ça ne roule pas, que je vais trop vite, que le vélo est trop petit, … Sauf William qui fait contre mauvaise fortune bon cœur et qui profite émerveillé du paysage. La deuxième partie se passe mieux, en grande partie grâce à Nicolas qui ne semble même pas dérangé par tout ce remue-ménage et finit par trouver une solution qui convient à chaque enfant. Les pauvres ne voudront plus jamais partir en promenade avec nous.

Eden a du feutre sur la joue. C’est son activité préférée du moment : repeindre son corps et les murs.

On rentre, on mange, on va dormir. Je prends un petit temps avec William pour lui dire à quel point il a été formidable aujourd’hui, et à quel point il est formidable tous les jours. Je vois que ça lui fait plaisir. On fait un gros câlin.

Puis je vais voir chacun des autres enfants. Je dis à Ezra qu’il a été courageux de continuer sur son vélo quand il n’en pouvait plus. La vérité c’est que ça a soûlé tout le monde parce qu’il a pleuré si fort qu’on a été obligés de s’arrêter, mais je sais que lui l’a vécu différemment. Il me serre dans ses bras.

Je dis à Noé qu’il m’a impressionné sur sa draisienne à tenir une bonne partie de la promenade. Il lève la tête, il est fier. Il lâche un « héhé ». Si tu savais, mon fils. Ces chemins que tu traverses, un jour se transformeront en montagnes. Ta persévérance t’aidera à les franchir.

Je dis à Eden que je l’aime. J’en rajoute en posant un bisou sur sa petite joue rebondie. Elle dort déjà.

Mat revient demain soir, je suis heureuse.

 

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Ma vie d'expat', Ma vie de maman, Ma vraie vie

Mon retour sur l’auto-édition (et la suite !)

Ça y est ! L’aventure « Il reste du chocolat » est terminée !

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J’ai passé une grosse partie de l’Automne-Hiver 2017 à préparer et envoyer environ 1700 BD dans vos foyers. Génial ! Ou est-ce que ça l’est vraiment ? Voici mon retour sincère sur la question :

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(Merci à Yatuu pour son temps et ses conseils)

 

Ça peut vous intéresser ! Les 100 premières personnes à participer sur Tipeee recevront une surprise de ma part le mois qui suivra leur participation. Et les 10 premiers tips mensuels, en plus de la surprise, auront leur portrait croqué et immortalisé dans ma prochaine BD !

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