Ma vraie vie, minimalisme

Le défi sans jouet

Vous le savez déjà, on est une famille plutôt (très) minimaliste, ce qui n’est pas hyper courant de nos jours (surtout pour une famille nombreuse avec des enfants en bas âge).

J’ai partagé il y a quelques temps sur Instagram une photo de la totalité des jouets de nos enfants :

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Pas de triche, il s’agit de l’ensemble des jouets des quatre enfants réunis, excepté les vélos, un tigre blanc qui a refusé d’être pris en photo, et le matériel créatif (que je vous montrerai une prochaine fois). Cette photo comprend donc leurs jouets d’intérieur, d’extérieur, les déguisements, les jeux de société, et les jouets de bain. Ils n’ont RIEN D’AUTRE.

Vous avez été nombreux à réagir en me disant pour la plupart que c’était de la folie, ou bien que vous rêveriez de faire du tri mais que vous en étiez bien loin, ou encore que vous ne compreniez pas comment aussi peu de jouets pouvaient suffire à des enfants de 1 à 6 ans.

Non, au quotidien, nos enfants ne s’ennuient pas.

Ça leur arrive parfois, bien-sûr. Pas souvent, mais l’ennui pointe le bout de son nez de temps en temps. Comme chez tout le monde il me semble, quelle que soit la quantité de choses matérielles qu’on possède. Mais l’ennui n’est pas à fuir absolument… C’est en fait une super opportunité pour développer l’imagination et l’intelligence !

Faire le choix d’avoir peu quand on a des enfants, ce n’est pas toujours compris par l’entourage, mais c’est motivé par plein de bonnes raisons :

En achetant peu, on peut se permettre d’acheter mieux ; des jouets plus chers, de meilleure qualité, et d’un intérêt beaucoup plus qualitatif… et on fait même des économies !

Les enfants se contentent de peu : ils ne réclament pas, sont heureux avec ce qu’ils ont, prennent soin de leurs affaires, et ne s’attendent pas à recevoir des jouets à tout bout de champ (et ils ne sont pas malheureux ni frustrés !)

– Avoir peu de jouets aide à développer l’imagination, le partage, et la créativité.

Le salon est rangé en à peine quelques minutes (c’est un gain de temps non négligeable !) et c’est la preuve que famille nombreuse ne veut pas forcément dire maison en bazar… Et on vit beaucoup mieux dans une maison rangée que dans une maison encombrée !

– Souvent, quand il y a beaucoup (trop) de jouets, les enfants passent de l’un à l’autre rapidement sans vraiment prendre le temps d’en étudier un sous toutes ses formes. Réduire le nombre de jouets leur permet de se concentrer plus longtemps sur un jeu en particulier avant de passer à autre chose.

– Les enfants se dirigent naturellement plus souvent vers les livres et l’art, ce qui leur permet de mieux comprendre et communiquer leurs émotions et leur imagination.

Peu de choses = plus de temps ! On passe plus de temps les uns avec les autres, on fait plus souvent l’effort de sortir… Donc les enfants partagent plus ensemble, avec nous, et avec leurs copains, et ils bougent plus !

Les enfants sont naturellement curieux et joueurs : même sans jouets, ils trouvent le moyen de s’amuser et d’apprendre ! Les objets du quotidien sont leurs meilleurs alliés.

 

C’est sur ce dernier point que je voudrais rebondir… Souvent, quand on me fait une remarque sur la petite quantité de jouets des enfants, je réponds que « Même sans jouets, ils ne seraient pas malheureux et s’amuseraient tout autant ! »

Mais c’est vrai que je ne connais personne qui a tenté d’élever ses enfants sans jouet du tout.

Alors j’ai eu envie de nous lancer ce défi.

Pendant un mois, on va leur retirer tous les jouets.

Le but n’est absolument pas de les frustrer et le défi n’est évidemment pas lancé par méchanceté ou punition.

Je relaierai chaque semaine nos impressions à tous sur Instagram (et plus souvent en story), et je reviendrai ici dans un mois pour faire un bilan.

 

Avant de commencer, voici les règles et conditions qu’on s’impose :

On retire : tous les jouets d’intérieur, d’extérieur, les jouets de bain, les jeux de société, les peluches.

On garde : les livres, le matériel créatif, les doudous, l’utilisation de l’ordinateur pour les dessins animés éventuels.

SI UN ENFANT DEVIENT CONTRARIÉ à n’importe quel moment de ce défi et réclame un jeu, on le lui rendra. Parce que le but, c’est de voir s’ils arrivent vraiment à jouer avec rien, mais évidemment pas de les frustrer ni de les traumatiser ! (Encore une fois, ils ne sont pas punis) Bien sûr, on sera honnêtes et on vous le dira. On verra à la fin combien (si c’est le cas) de jouets ont retrouvé leur place dans le salon.

Ne vous en faites pas, on prend bien soin de nos quatre amours, et je peux vous garantir qu’ils ne souffriront pas de cette expérience. C’est un simple défi pour voir comment ils réagissent, qu’on partagera avec vous. A la fin du mois, on en profitera certainement pour refaire un tri et réévaluer les jouets qu’on garde, mais on n’a pas prévu de se débarrasser totalement des jouets pour toujours 🙂

Alors, est-ce que les enfants ont vraiment BESOIN de jouets pour s’amuser ?

Rendez-vous dans un mois pour le bilan final !

Ma vie de maman, Ma vraie vie

« It’s a mum’s life », c’est fini

Aujourd’hui, je vous écris pour vous dire qu’ « It’s a mum’s life », c’est fini.

« It’s a mum’s life », pour ceux qui sont ici depuis peu, c’était le nom de mon ancien blog ; c’était un peu devenu malgré moi la marque de fabrique de mes dessins sur la vie de maman.

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Je me souviens quand je les ai commencés. C’était en Mars 2014. Je luttais alors pour ne pas complètement sombrer dans la dépression post natale qui s’était emparée de moi. J’avais un stylo, des feuilles, et un programme basique sur l’ordinateur que j’utilisais pour mettre mes dessins en couleurs. Qui aurait cru à l’époque que cette simple décision de les partager sur internet aurait pu mener à là où j’en suis arrivée ? Une véritable tablette graphique, trois BD publiées, deux campagnes de crowdfunding lancées avec succès, des contrats professionnels, des invitations à des salons du livre, une communauté de plus de 77 000 personnes, des articles dans les journaux, une petite renommée sur internet, … Non, je n’y aurais pas cru en postant ce premier dessin sur le blog, et pourtant c’est bien là qu’il m’a menée. Grâce à vous.

Malgré tout, je sens que j’ai besoin aujourd’hui de tourner la page.

Ce passe-temps qui me tenait à cœur est devenu un travail, que je faisais d’abord avec plaisir, et qui s’est transformé petit à petit en contrainte. Je ne l’ai pas voulu. J’aurais souhaité que ça reste un passe-temps. Quelque chose que j’aimais faire et partager avec vous. Mais force est de constater qu’après ces quelques années, je ressentais de plus en plus la pression de créer régulièrement, de répondre à vos attentes, de m’améliorer encore et toujours en voyant sans cesse là où j’aurais pu mieux faire plutôt que ce qui était déjà bien fait. J’en avais marre de tomber sur des entreprises ou des pages Facebook qui s’appropriaient mes dessins sans me citer. Marre d’essayer d’éduquer les gens sur la question des droits d’exploitation d’image quand j’avais en face de moi des oreilles sourdes. J’étais fatiguée de chercher à toujours plus protéger mon travail sur le vaste monde qu’est internet. J’avais aussi l’impression de m’être enfermée dans un style et de ne plus pouvoir en explorer d’autres.

Aujourd’hui, j’ai envie de me libérer de ces contraintes-là. J’ai envie de retrouver le plaisir de dessiner, juste pour moi. Même si c’est moche. Même si je rate. Même si ça ne plait pas. J’ai envie de tester d’autres choses. J’ai envie d’écrire. J’ai envie de peindre. J’ai envie de construire des modèles de toutes sortes en cartons avec mes fils et d’avoir les doigts tout collants de papier de soie, encouragée par les sourires de mes enfants.

Alors je vous annonce officiellement qu’il n’y aura malheureusement plus de nouveaux dessins sur ce blog… Je me laisse libre de revenir si le cœur m’en dit, mais pas tout de suite. Pour le moment, j’ai besoin de faire une pause. Une longue pause. J’ai besoin d’arrêter.

Aujourd’hui, la dessinatrice en moi vous dit au revoir.

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Oui, elle vous dit au revoir, mais elle vous dit surtout merci.

Merci aux 77 000+ d’entre vous qui suivent mon travail depuis presque cinq ans. Merci pour vos commentaires, merci pour vos partages, merci pour vos remarques constructives. Merci d’avoir cru en moi et d’avoir contribué à mes projets BD. Merci de m’avoir reconnue dans la vraie vie et de vous être manifestés. Merci d’avoir fait de la route pour venir me rencontrer ; d’avoir partagé vos propres histoires ; d’avoir témoigné de vos petites galères quotidiennes et de m’avoir rassurée sur les miennes. Vous êtes formidables.

Avant de vous quitter, je vous demande un simple petit service. S’il-vous-plait, mentionnez la source des illustrations, dessins, photos, ou textes que vous partagez sur les réseaux sociaux. Continuez à respecter le travail des autres comme vous savez le faire ❤ Et pour ça je vous dis à l’avance encore un merci.

« A la revoyure »

Héloïse

P.S : Vous pouvez continuer à suivre les aventures du quotidien de notre « petite » famille sur Instagram, Youtube, et Facebook. Si vous voulez. Je sais en tout cas que ça me fera toujours plaisir de vous retrouver par là-bas 🙂 (C’est facile, je m’appelle partout @heloiseweinerandco) Je garde ce blog ouvert de toute façon car j’aimerais y partager des articles de temps en temps. Bisous bisous !

Ma vraie vie

Des nouvelles d’Outre manche !

Bonjour !

Après trois semaines pendant lesquelles nous avons été logés à droite à gauche, nous voilà enfin arrivés dans notre nouvelle maison anglaise ! C’est le début de notre nouvelle vie outre manche, et en attendant de pouvoir vous montrer tout ça et vous en dire plus en vidéo, voici déjà un premier article pour vous donner des nouvelles.

Nous avons donc pris le bateau le 19 Juin, comme prévu. Ce n’était pas la première fois, mais il y avait quelque chose de symbolique cette fois-ci à regarder la côte française s’éloigner et à se diriger lentement mais sûrement vers notre pays d’accueil.

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Dès notre arrivée à Douvres, on a été jetés dans le bain : il a fallu se réhabituer à conduire à gauche, à reconnaître les signes et panneaux anglais, et à traduire approximativement des limites de vitesse indiquées en mph. Nous ont à nouveau surpris aussi : les rond-points avec des voies de partout, parfois incompréhensibles ! et, plus agréablement, la gentillesse et la bonne façon de conduire des gens sur la route. Paraît que dans le Nord de la France, les gens conduisent bien aussi, mais je peux vous dire que dans le Sud, quand on n’est pas habitués, on peut avoir l’impression qu’on va mourir toutes les dix secondes. BREF, là n’est pas le sujet de cet article ^^

Après presque dix heures de voyage ce jour-là, on a vu pour de vrai notre nouvelle maison ! Elle nous attendait sagement, fidèle aux photos que nous avaient fait parvenir l’agence, dans un petit quartier calme de Northampton.

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On a découvert l’intérieur de la maison et on a tout de suite été séduits. Elle n’est pas aussi petite que ce à quoi on s’attendait, mais vraiment typiquement anglaise, avec de la moquette de partout, une toute petite salle à manger, et un jardin so british. Les déménageurs avaient bien amené toutes nos affaires et avaient même monté nos meubles dans les bonnes pièces, le top. Si bien qu’en moins de 24h, nos affaires étaient déjà presque toutes rangées. Presque, parce qu’ils nous manquait quand-même quelques meubles.

Dès le lendemain, on a commencé à s’attaquer aux affaires essentielles dont on allait avoir besoin : un frigo (en l’occurence on en a pris deux petits, parce que pas de place pour en mettre un grand) et un sèche-linge en priorité. Nous manquent encore un bureau et des lits, mais on a des matelas, c’est le principal !

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La première semaine, on a mangé N’IMPORTE QUOI et ça nous a fait bien plaisir 😀 On est allés au pub, on a (re) goûté aux fish & chips, on a commandé indien (ça se fait beaucoup en Angleterre), on a acheté du tout fait, … (rapport au fait qu’on n’avait pas encore de frigo et qu’on a utilisé cette excuse pour profité de tout ce qui nous avait manqué). Quelques jours plus tard, on avait donc épuisé notre budget nourriture, mais ça valait le coup ^^

Bon, maintenant, on a des frigos qui fonctionnent (et plus de sous), donc c’est retour aux menus de la semaine, avec quelques petits extras british malgré tout (miam le pain à l’ail).

La deuxième semaine, on s’est tout de suite plongés dans les activités à faire avec les enfants ! Tous sont inscrits dans des clubs : street-dancing pour Noé, musique pour Ezra, et scoutisme pour William. Les clubs commenceront en Septembre mais les organisateurs ont proposé aux garçons de rejoindre la fin d’année gratuitement pour s’habituer et se préparer à l’année prochaine. Il faut dire qu’ici, les enfants sont très très bien pris en charge et très valorisés. Même l’école est un exemple comparée à nos écoles françaises (et si je n’avais pas le choix que de mettre mes enfants à l’école, je préférerais mille fois les mettre à l’école en Angleterre – m’enfin, ce n’est pas du tout prévu pour le moment ^^).

Bon, là, premier moment difficile d’expat : Noé, hyper enthousiaste à l’idée de danser (il adore ça, il a le rythme dans le sang ce petit homme), s’est mis à pleurer de frustration parce qu’il ne comprenait pas ce que lui demandait la prof… Dur dur pour nos cœurs de parents, même si on sait que ça viendra vite…

Pour l’aider à s’intégrer plus rapidement, et parce qu’il lui manque clairement du vocabulaire, on a décidé de l’inscrire une à deux matinées par semaine à la nursery cette année. Non, ça ne veut pas dire qu’on prévoit de l’inscrire à l’école, mais c’est un choix qu’on a fait selon les circonstances pour lui permettre de développer son anglais plus vite. On continue bien-sûr à voir des anglais, mais on est conscients que les grandes vacances approchant, ça va être plus difficile de participer à des clubs et des rencontres cet Eté.

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Lunch time lors d’une activité au centre communautaire

 

Mis à part les activités extra-scolaires, de nombreuses activités sont proposées dans les bibliothèques pour les 0-5 ans (en moyenne 3 à 4 par semaine) : « rhyme time » (des comptines), « play & learn » (des aires de jeux et de « messy play » mises à disposition pour les enfants), « baby massage », « bounce & rhyme » (encore des comptines mais pour les mini bébés qui ne marchent pas encore), et encore pleiiin d’autres… L’été, les bibliothèques organisent aussi un « Summer reading challenge » pour encourager les enfants à lire. L’idée est que chaque enfant lise un minimum de six livres un peu « challenging » pendant l’Eté. Au début, on lui offre un « reading pack » (vous excuserez mon franglais), l’enfant choisit un livre parmi une liste proposée, puis quand il l’a fini, il va voir un organisateur qui lui tamponne son petit passeport de lecture, et choisit un autre livre. A la fin il gagne un diplôme et un autocollant (oui c’est très anglais). Il y a aussi d’autres événements organisés par les bibliothèques pour les adultes (surtout les parents), comme du soutien à l’allaitement, des cours de tricot, …

Ah, et ce que j’adore dans les bibliothèques ici, c’est qu’on a une carte pour tout Northamptonshire (qui comprend plusieurs villes et village), et qu’on peut emprunter des livres dans toute la région avec cette carte ! On peut en emprunter dans une bibliothèque et les rendre dans une autre par exemple. C’est génial parce que ça nous donne accès à encore plus de livres, et que ça permet en même temps une plus grande variété dans chaque bibliohèque puisqu’on n’y retrouve jamais les mêmes ouvrages.

On trouve aussi de nombreuses structures adaptées aux enfants, toutes plus grandes les unes que les autres, avec des activités variées… Les églises, les écoles, et les centres communautaires organisent eux aussi de nombreuses choses pour les enfants. Ça inclue souvent un lunch ou un snack (à l’anglaise). La motricité libre y est très valorisée et c’est vraiment sympa d’y emmener nos petits. Mais là, il faut souvent payer. Je vous en parlerai plus une prochaine fois, dans une vidéo !

J’aurais encore plein de choses à dire, mais je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. On devrait avoir internet la semaine prochaine, alors à bientôt pour plus de nouvelles !

P.S : combattons les clichés, il fait SUPER BEAU ici !

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Ma vie d'expat', Ma vraie vie

On déménage ! (Vivre en Angleterre – le top 5 du pire)

Hello everyone !

Je me prépare, puisque d’ici un mois et demi, nous serons en Angleterre !

Comme nous sommes en train de préparer le déménagement, et un changement de vie complet, les trois prochains mois risquent d’être plus calmes sur le blog… En tout cas en terme de dessin ! (Je n’aurai pas ma tablette de tout le mois de Juin par exemple)

Après cette petite période de transition, j’espère que je trouverai le temps de continuer à poster régulièrement.

En attendant, pour fêter cette nouvelle, je vous propose une mini-série sur le top 5 du pire et du mieux en France et en Angleterre ! Voici le premier dessin de la série (qui ne donne pas très envie de partir, je vous l’accorde… Vivement les autres dessins ^^)

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Dernière case :

– On se dit rdv à 19h ?

– Donc… Après manger ?

– Non non, on mangera ensemble.

– Comment ça ? Je prends mon dîner à 17h.

 

Je partagerai avec nous notre expatriation familiale. N’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube et/ou à nous suivre sur Instagram 🙂

 

Ma vraie vie

Un début difficile

Suite à l’annonce d’hier, je vous partage un texte que j’ai écrit quelques semaines après le début de grossesse :

 

Je regarde la deuxième barre devenir de plus en plus foncée sur le test de grossesse.

Le choc.

La panique. Je ne suis pas prête. Ça fait des mois que je le dis, que je le répète : je ne suis pas prête à revivre une nouvelle grossesse maintenant. Je ne suis pas prête physiquement. Je ne veux pas revivre les nausées, les insomnies, les douleurs, l’accouchement… Je ne suis pas prête moralement. Je ne veux pas mettre un terme à ce projet d’adoption qui me tient tellement à cœur.

La culpabilité. J’aurais dû faire plus attention. Comment une femme de mon âge peut-elle oublier sa contraception ?

La colère. Comment LUI a-t-il pu l’oublier ?

La panique, encore. Des flots de larmes. Au secours, je ne suis pas prête, je ne veux pas de ce bébé.

Le doute. Mais je saigne, depuis des jours ; ce n’est pas du vieux sang, c’est bien rouge : je fais peut-être une fausse couche ? Si ça se trouve, je panique pour rien.

Puis, l’attente. Je ne saigne plus.

Mathias est content. Ça m’angoisse. Pourquoi est-il content ? Ce n’était pas prévu. A-t-il déjà tiré un trait sur l’enfant qu’on s’imagine depuis un an, celui qu’on va adopter ? A-t-il bien compris que je n’étais pas prête ?

Et puis un matin, je me rends compte que je saigne à nouveau. Et, assise sur mes toilettes, j’ai une réaction qui me surprend : je fonds en larmes. Malgré tous mes efforts pour ne pas y penser, je me suis attachée à ce bébé. Il n’était pas du tout prévu, mais maintenant qu’il est là, je ne veux pas qu’il s’en aille. Je ne suis pas prête à revivre une grossesse. Je le suis encore moins à subir une fausse couche.

C’est la tristesse qui m’envahit maintenant. Et un peu d’espoir, un tout petit peu d’espoir. Pour la première fois, je caresse mon ventre et je parle à mon bébé. Accroche-toi s’il-te-plait, accroche-toi, je t’en supplie, ne pars pas.

Aux urgences, on m’annonce que je fais une fausse couche.

Voilà, c’est comme ça, ça devait arriver. Je m’en doutais, vu tout le sang que j’ai perdu. Je ne ressens plus rien. Peut-être que je suis dans le déni.

Mais quand je rentre et que j’en parle à Mat, il a beaucoup de peine. Il s’est déjà investi moralement dans cette grossesse. Il en a même parlé à une inconnue au parc ! Il pleure. Lui qui pleure si peu. Ça me fait mal au cœur. Que puis-je faire d’autre que de pleurer avec lui ?

Je culpabilise tellement. De ne pas avoir su que j’étais enceinte alors qu’à y réfléchir, il y avait déjà des signes. De ne pas avoir pris soin de moi. D’avoir mal réagi en voyant le test de grossesse positif… C’est surtout ça qui me brise le cœur. Ce bébé n’est resté que quelques jours à l’intérieur de moi, et la seule chose que j’ai su lui offrir, c’est le sentiment de ne pas avoir été voulu. Il méritait mieux que ça.

Le week-end est bien noir. On ne trouve rien d’autre de mieux à faire que de pleurer ensemble. On est bien, en fait. On est bien à souffrir ensemble. On se comprend. On parle peu. Juste ce qu’il faut. On a décidé que le bébé était un garçon. On lui a donné un prénom. On se demande si il compte comme un de nos enfants ? Oui, il compte. On se pose des questions de logistiques. Qu’est-ce qu’on répondra aux gens qui nous demanderont combien on a d’enfants ? « 4 avec nous, 1 au Paradis » ? Et l’enfant qu’on va adopter, ce sera notre cinquième ou notre sixième ? Ça n’a pas d’importance, il n’est plus là. Tristesse, désespoir. On fait le deuil.

Paradoxalement, au milieu de tout ça, on est en paix. Je n’ai jamais aussi bien dormi ces derniers jours que depuis plusieurs années. Je suis reposée. Je suis paisible. Mathias aussi. On s’autorise à sourire.

Concentrons-nous sur les vivants. Notre tout petit bébé ne souffre pas. Nos autres enfants ont besoin de nous.

Le lendemain, je refais une prise de sang pour vérifier que mon taux d’hormones est bien descendu et que je n’aurais pas besoin d’un curetage. Ce serait ma hantise : je déteste les hôpitaux… J’y vais à reculons, la gorge serrée.

Je regarde les résultats sur internet le midi même. J’ai peur. La page s’affiche.

Le verdict est devant moi : mon taux d’hormones est remonté. J’ai la sensation de me prendre une claque en pleine tête. Qu’est-ce que ça veut dire ??

Ca tourne, trop d’émotions se chamaillent : le choc, l’espoir, la colère, le soulagement, la panique, la tristesse…

Je ne m’attendais pas à ça !

Ça veut dire que notre bébé s’est accroché ?

On nous a laissé faire le deuil d’un bébé qui n’était pas parti ?

Ouf, je n’ai pas fait de fausse couche…

Attendez, je suis enceinte ? Mais je ne suis pas prête !

Oh non, ça veut dire qu’on doit annuler notre projet d’adoption ?…

La commission nous a accordé l’agrément d’adoption le jour où j’ai appris que j’étais toujours enceinte. Quelle drôle d’ironie.

Je ne sais plus quoi penser. Être triste, me réjouir ? Où suis-je censée me situer maintenant ? Quelle est la légitimité de mes émotions au milieu de cette tempête ?

Je dois me réjouir, bien-sûr. Une nouvelle vie est un cadeau. Qu’elle soit arrivée par surprise ne veut pas dire qu’elle ne fait pas partie d’un plan plus grand que le mien. Il va juste me falloir du temps. Et je pense qu’il n’y a rien de mal à avoir besoin de temps.

Petit bébé, merci de t’être installé sans y avoir été invité.