Grossesse, accouchement, nouveaux-nés

Accoucher à domicile, France vs Angleterre

Sur mes quatre enfants, il n’y a qu’Eden qui est née à la maison (et en France !), mais j’ai été suivie pour un AAD (Accouchement A Domicile) pour les trois garçons en Angleterre, et je le suis à nouveau pour cette grossesse. C’est parti pour un comparatif !

(NB : ce comparatif se base sur ma propre expérience ; les informations données ne sont peut-être pas exactes ni dans toute la France, ni dans toute l’Angleterre, mais elles le sont dans les régions dans lesquelles on a vécues. N’hésitez pas à partager votre témoignage si vous êtes concernée !)

Le suivi de grossesse :

  • En France :
    • Très médicalisé ! J’ai été surprise de toutes les prises de sang à faire, tous les examens, les RDV fréquents, le nombre d’échographies, la visite avec l’anesthésiste… Les RDV se font dans le cabinet de la sage-femme, sauf les quelques derniers qui sont à notre domicile.
    • Il existe peu de sage-femmes qui pratiquent les AAD, et pour les connaître, ça marche souvent au bouche à oreille. C’est la même qui assure tout le suivi. La mienne travaillait en équipe avec une collègue, notamment pour assurer une présence le jour J si elle n’était pas disponible.
    • Les sage-femmes indépendantes ne sont pour la plupart pas assurées pour pratiquer les AAD (à cause du prix !) et prennent donc en général peu de risque.
    • Les futures mamans s’arrêtent souvent de travailler au cours de la grossesse, soit en commençant leur congé maternité, soit en demandant un congé pathologique.
    • Les cours de préparation à la naissance sont très courant et il y en existe plein de sortes !

 

  • En Angleterre :
    • Au contraire, très peu de suivi, surtout quand il s’agit d’un 2ème bébé (ou plus). Pour tout vous dire, j’en suis à 31 semaines, et je n’ai eu que deux RDV avec ma sage-femme ^^ Tous se passent au domicile de la future maman.
    • L’AAD est souvent proposé aux futures mamans dont les grossesses se passent bien (chez nous ils font vraiment un effort pour essayer de promouvoir les naissances à domicile).
    • Il n’y a que deux échographies programmées (à 12 et 20 sa), et beaucoup moins de tests de routine (je n’avais personnellement jamais été testée pour la toxoplasmose en trois grossesses par exemple). Pas de RDV avec un anesthésiste non plus.
    • La plupart des villes ont une équipe de « community midwives » (sage-femmes de communauté) rattachée à l’hôpital le plus proche, qui s’occupe justement de suivre les femmes qui souhaitent accoucher chez elle. Dans ma ville, elles sont une douzaine. C’est aussi la même sage-femme qui assure tout le suivi de grossesse, mais comme il y a toute une équipe, on peut toujours demander à en changer si le courant ne passe pas.
    • Les sage-femmes sont employées par le NHS (« National Health Service », le système de santé anglais) et donc ne peuvent pas refuser d’accompagner les futures mamans qui ont ce projet d’AAD, même lorsqu’il y a des complications.
    • Les futures mamans travaillent jusqu’au jour J (ou presque) ; le congé pathologique est rare et souvent uniquement accordé en cas de problème avéré.
    • Les cours de préparation à l’accouchement proposés par le NHS se résume à 1h ou 2 dans une grande salle avec plein de futurs parents pour parler de l’accouchement. Sinon, on peut payer (cher) pour assister à de très bons cours, proposés par le NCT (National Childbirth Trust).

 

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30 semaines, bébé 5

 

L’accouchement :

  • En France :
    • La future maman fournit le matériel pour l’accouchement : alèses, etc, selon une liste donnée par la sage-femme.
    • La sage-femme (qui se déplace souvent sur une distance assez longue) arrive le jour J quand on lui demande de venir (un peu tôt dans mon cas, oups).
    • Elle reste quelques temps après la naissance pour vérifier que tout se passe bien.
    • Coût total d’un AAD : entre 200 et 1000€ environ (ça varie énormément selon les régions…)

 

  • En Angleterre :
    • Dans certaines régions, ce sont les sage-femmes qui amènent le matériel ; dans d’autres, c’est la future maman qui le fournit. Dans tous les cas, les sage-femmes ont avec elle du protoxyde d’azote (gaz hilarant) à disposition pour l’accouchement.
    • Le jour J, ce n’est pas forcément la sage-femme qui a fait le suivi de grossesse qui est présente : tout dépend de si elle est « on call » ce jour-là ou pas ! Puisqu’elles sont une équipe, elles peuvent être appelées à tout moment lorsqu’elles sont de garde et sont bien-sûr obligées d’aller se reposer entre deux journées de travail. Par contre, on a plusieurs opportunités pendant la grossesse de rencontrer toute l’équipe de « community midwives », et on peut toujours demander une sage-femme en particulier (ou en refuser une autre).
    • La sage-femme envoyée par l’équipe arrive et reste ou non en fonction de l’avancement du travail (qu’elle juge souvent simplement selon comment la maman gère…)
    • Lorsque la sage-femme présente pense que le moment fatidique approche, elle appelle une seconde sage-femme : elles sont deux pour l’expulsion du bébé et du placenta.
    • Elles restent ensuite environ 2h après la naissance, également pour vérifier que tout va bien.
    • Coût : 0€, tout est payé par le NHS.
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Eden, un jour

L’après-accouchement :

  • En France :
    • La sage-femme revient dans les 48h et assure le suivi la première semaine (et le premier mois, me semble-t-il…) Puis c’est aux parents de choisir un suivi pour leur bébé (médecin traitant, pédiatre, PMI, rien du tout, …)
    • Les cours de rééducation du périnée sont fortement recommandés (et tout le monde s’étouffe en apprenant que je n’en ai jamais fait pour les trois premiers).

 

  • En Angleterre :
    • La sage-femme qui a assuré le suivi de grossesse (qui est parfois la même que celle présente à l’accouchement, parfois non) assure aussi le suivi post accouchement, toujours à la maison. Niveau fréquence, c’est similaire à la France, mais c’est pendant les six premières semaines. Ensuite le relai est passé à un « health visitor » qui vient à la maison les premiers mois.
    • La rééducation du périnée, ça n’existe pas ! Ou plutôt, on en entend parler vaguement par la sage-femme qui mentionne énigmatiquement « n’oubliez pas de travailler votre périnée », et puis c’est tout, plus personne n’en reparle jamais.

 

Personnellement, je préfère le suivi anglais, mais j’ai la chance d’avoir eu des grossesses relativement sans encombre et j’aime bien être laissée tranquille… Donc le suivi très médicalisé français, j’ai eu du mal à m’y faire. Je reviendrai vous raconter la naissance de bébé 5, en espérant qu’il naisse à la maison comme sa grande sœur ! ❤

Grossesse, accouchement, nouveaux-nés

Il ne s’appelle Nino (changement de prénom tardif)

Ça fait presque un an qu’on a annoncé officiellement que notre fils changeait de prénom. De Nino, il est devenu Noé. Sur le post où je vous en parlais, je précisais que je ne donnerais pas de détails sur les raisons qui nous ont poussées à faire ce changement. Malgré tout, je continue à recevoir régulièrement des messages de personnes qui insistent en me demandant d’en dire plus.

Attention, vous êtes prêts ? Je vais crever l’abcès.

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Moi à 39 SA

 

NON, je n’ai pas prévu de vous dévoiler pourquoi notre fils a changé de prénom alors qu’il avait déjà deux ans. Comme je l’ai déjà dit, c’est son histoire. C’est un détail qui lui appartient et qu’on veut qu’il soit libre de partager (ou non) plus tard.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est simplement pour témoigner qu’il n’y a vraiment pas de quoi en faire toute une histoire 🙂 Pour dire qu’effectivement, ça reste un détail.

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Notre troisième fils est né le 14 Juin 2015. On a choisi de l’appeler Nino. Comme le veut la loi anglaise, on a déclaré son prénom dans les six premières semaines de sa naissance.

C’était un bébé très calme et qui s’est intégré à notre famille comme s’il avait toujours été là.

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On a eu la joie de le regarder grandir et de l’accompagner dans ses apprentissages. On a vu la relation entre lui et ses frères se développer. Et en Janvier 2017, il est même devenu grand frère, et un grand frère très attentionné. Petit à petit, on a appris à le connaître. On a choyé ses forces et ses victoires. Il savait faire craquer (et rire !) son entourage ! Bref, c’était loin d’être un enfant malheureux 🙂

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Et puis en Octobre 2017, après des semaines et des mois de réflexion (non, changer le prénom d’un enfant de deux ans ne se fait pas sur un coup de tête :)), on a commencé à l’appeler Noé. Ça n’a pas été difficile, parce qu’on avait simplement l’impression de lui rendre son identité complète. Ça ne l’a pas traumatisé.

Pour la petite histoire, lorsqu’on a dit aux grands frères que Nino allait maintenant s’appeler Noé, ils ont répondu « D’accord », puis « On peut retourner jouer ? »

 

Noé lui-même a très vite repris les personnes qui se trompaient en l’appelant. Pas méchamment, à peine en levant la tête, il précisait : « C’est Loé ! » et c’était la fin de l’histoire. Un détail, je vous dis.

Un détail, parce qu’il a été amené avec amour, parce qu’on a pris en compte notre fils, et parce qu’on a été très bien accompagnés.

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En quelques jours à peine, Noé était devenu SON prénom, et dans la maison, il n’y avait plus d’erreurs. D’ailleurs, quand on entendait des gens qu’on n’avait pas vu depuis longtemps l’appeler Nino, ça nous faisait tout bizarre, comme si on avait oublié qu’un jour il avait porté ce prénom !

Une anecdote sur le sujet : on avait décidé avec Mat qu’on annoncerait officiellement le changement à tous ceux qui n’étaient pas encore au courant le lendemain de Noël. Nos familles et amis le savaient déjà, bien-sûr. Pour marquer l’officialisation de la chose, on a offert à Noé un livre spécial dans lequel on a écrit un petit mot. C’est Ezra qui m’a aidé à emballer son cadeau. Quand je lui ai expliqué que c’était un livre pour se souvenir que son frère changeait officiellement de prénom, Ezra m’a demandé, confus : « Mais… Il s’appelait comment avant ? » Pourtant, ça faisait à peine quelques semaines qu’on leur avait tout expliqué !

 

Encore une petite anecdote : en préparant notre départ en Angleterre, alors qu’on regroupait les passeports de toute la famille pour passer la douane, William s’est mis a les ouvrir un par un pour regarder nos photos. En ouvrant celui de Noé, il a lu à voix haute : « Nino Elijah Weiner ». Il a marqué une pause, étonné… S’est tourné vers Noé, et lui a dit : « Wahou, tu te souviens quand tu t’appelais Nino ? » Ce à quoi Noé a souri et a répondu « Eh oui » avant de regarder la photo de lui bébé, puis celle de son frère, et de lui demander : « Et sur ton passeport y a écrit quoi ? » Voilà, c’est tout. C’est à quel point il est traumatisé.

Pour autant, on n’en a jamais voulu à ceux pour qui ça a pris plus de temps… Ceux qui vivaient proches de nous s’y sont fait très vite, mais pour d’autres, ça a été plus compliqué. Il faut dire que pas tout le monde n’était d’accord avec notre choix, ce qu’on comprenait tout-à-fait (et en même temps, on savait que c’était notre décision). Alors on n’a jamais été fâchés ou déçus que les gens se trompent parfois en appelant notre fils. Et Noé non plus. Il connait son histoire, il SAIT que Nino, c’était son prénom avant, et que son prénom maintenant, c’est Noé. Finalement, ce n’est pas bien compliqué.

Vous êtes nombreux à nous avoir souhaité bonne chance pour les changements de papiers officiels. On a cette chance qu’il soit né en Angleterre et que la loi soit assez souple sur le sujet. Les papiers sont en cours, c’est un peu long mais c’est très facile. De toute façon, pour nous, ça ne change absolument rien. On a trois fils : William, Ezra, et Noé. Point.

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Un an après, je peux vous dire qu’on ne regrette absolument pas notre décision.

Ce n’est pas parce qu’on ne souhaite pas partager publiquement les raisons de ce changement de prénom qu’il faut penser que c’est un secret de famille. Ça ne l’est pas. Nos proches sont au courant, et, plus important, LUI est au courant. Ce n’est pas et ça ne sera jamais un sujet tabou.

Quand notre fils était bébé, il était très souriant, gourmand, il aimait les câlins, il adorait la musique, et il s’appelait Nino.

Aujourd’hui, il est audacieux, drôle, attendrissant, il aime toujours autant la musique, et il s’appelle Noé.

C’est un garçon de trois ans bien dans sa peau et plein d’énergie et on ne pourrait pas l’aimer plus ❤

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Noé Elijah Weiner

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Lettre à mon fils, 9 mois

(Publié pour la première fois le 14/09/2014 sur mon ancien blog, ces émotions me prennent toujours autant aux tripes et j’avais envie d’immortaliser ce texte en le partageant à nouveau ici. J’ai écrit cette lettre lors d’une psychothérapie qui m’a aidée à sortir de la dépression post-partum).
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Ezra, neuf mois

 

Ezra,

Je m’étais promis que je prendrais autant de photos de toi bébé que de William. J’étais sûre que je n’oublierais pas d’immortaliser toutes tes petites mimiques. Et nous voilà, tu as bientôt 9 mois… Et je n’ai pas tenu la promesse que je m’étais faite. Quand tu grandiras, est-ce que tu penseras que je ne t’aimais pas autant que ton frère ?

Ezra, tu es si calme, si sage, si agréable ; parfois, on pourrait presque oublier que tu es là. Tu attends, en silence, qu’on ait le temps de s’occuper de toi. Comme je culpabilise de ne pas être disponible pour toi autant que je l’ai été pour William…

Ce soir, tu portes un pyjama trop long. J’ai voulu prendre une taille un peu plus grande, cette fois. Tu sais pourquoi. Tu m’as entendu parler de l’armoire dans laquelle reposent tous les petits vêtements que tu n’as jamais mis. J’ai bien fait de t’acheter un pyjama trop grand ; demain, déjà, il sera trop petit. Tu grandis vite, beaucoup trop vite.

Ezra, quand tu as du mal à t’endormir le soir… Je te prends dans mes bras. Je te berce. Je te chante des berceuses. Je te câline. Il n’y a que toi et moi. Je profite de chaque seconde. Il m’arrive de pleurer, quand je pense à tout ça…

Quand je plonge mon nez dans les pliures de ton cou… Je sens ton odeur, l’odeur que tu avais quand tu es né. L’odeur qui me rappelle que tu es encore un bébé ; mon tout petit bébé. Ça sent bon, comme un parfum unique, indescriptible.

Quand je te berce… Je me sens tellement privilégiée. Que tu sois là, petit bonhomme, dans mes bras. Je retiens mes larmes. Je voudrais te serrer fort, fort, fort, pour que ce moment ne s’arrête jamais.

Quand je murmure dans ton oreille… Je pense toutes mes paroles. Tous les petits secrets, les petites prières, les petits mots doux. Est-ce que tu comprends ce que je te dis ? Est-ce que tu sais que je t’aime ?

Quand je glisse mes doigts dans tes cheveux, que je dépose un bisou dans le creux de ta joue, que je te souris, que nos regards se croisent, que je caresse ta main… Je pense à tous ces moments passés qui ne reviendront pas. Je pense à qui tu es. Je pense à toi.

Ezra, quand je te regarde… Je vois le petit garçon fragile et discret que tu es, mais aussi l’homme confiant que tu vas devenir. Et quand je te regarde, je ressens à la fois une fierté immense de savoir que tu es mon fils, et le déchirement de savoir qu’un jour, tu construiras ta vie loin de moi.

Peut-être qu’un jour tu liras ce texte, et tu sauras que je t’aime, autant qu’une mère peut aimer son enfant.

Ta maman.

Grossesse, accouchement, nouveaux-nés

Un début difficile

Comme vous le savez peut-être, je suis enceinte. Un cinquième bébé qui s’est logé par surprise alors qu’on était en plein projet d’adoption. Je vous partage un texte que j’ai écrit quelques semaines après le début de grossesse :

 

Je regarde la deuxième barre devenir de plus en plus foncée sur le test de grossesse.

Le choc.

La panique. Je ne suis pas prête. Ça fait des mois que je le dis, que je le répète : je ne suis pas prête à revivre une nouvelle grossesse maintenant. Je ne suis pas prête physiquement. Je ne veux pas revivre les nausées, les insomnies, les douleurs, l’accouchement… Je ne suis pas prête moralement. Je ne veux pas mettre un terme à ce projet d’adoption qui me tient tellement à cœur.

La culpabilité. J’aurais dû faire plus attention. Comment une femme de mon âge peut-elle oublier sa contraception ?

La colère. Comment LUI a-t-il pu l’oublier ?

La panique, encore. Des flots de larmes. Au secours, je ne suis pas prête, je ne veux pas de ce bébé.

Le doute. Mais je saigne, depuis des jours ; ce n’est pas du vieux sang, c’est bien rouge : je fais peut-être une fausse couche ? Si ça se trouve, je panique pour rien.

Puis, l’attente. Je ne saigne plus.

Mathias est content. Ça m’angoisse. Pourquoi est-il content ? Ce n’était pas prévu. A-t-il déjà tiré un trait sur l’enfant qu’on s’imagine depuis un an, celui qu’on va adopter ? A-t-il bien compris que je n’étais pas prête ?

Et puis un matin, je me rends compte que je saigne à nouveau. Et, assise sur mes toilettes, j’ai une réaction qui me surprend : je fonds en larmes. Malgré tous mes efforts pour ne pas y penser, je me suis attachée à ce bébé. Il n’était pas du tout prévu, mais maintenant qu’il est là, je ne veux pas qu’il s’en aille. Je ne suis pas prête à revivre une grossesse. Je le suis encore moins à subir une fausse couche.

C’est la tristesse qui m’envahit maintenant. Et un peu d’espoir, un tout petit peu d’espoir. Pour la première fois, je caresse mon ventre et je parle à mon bébé. Accroche-toi s’il-te-plait, accroche-toi, je t’en supplie, ne pars pas.

Aux urgences, on m’annonce que je fais une fausse couche.

Voilà, c’est comme ça, ça devait arriver. Je m’en doutais, vu tout le sang que j’ai perdu. Je ne ressens plus rien. Peut-être que je suis dans le déni.

Mais quand je rentre et que j’en parle à Mat, il a beaucoup de peine. Il s’est déjà investi moralement dans cette grossesse. Il en a même parlé à une inconnue au parc ! Il pleure. Lui qui pleure si peu. Ça me fait mal au cœur. Que puis-je faire d’autre que de pleurer avec lui ?

Je culpabilise tellement. De ne pas avoir su que j’étais enceinte alors qu’à y réfléchir, il y avait déjà des signes. De ne pas avoir pris soin de moi. D’avoir mal réagi en voyant le test de grossesse positif… C’est surtout ça qui me brise le cœur. Ce bébé n’est resté que quelques jours à l’intérieur de moi, et la seule chose que j’ai su lui offrir, c’est le sentiment de ne pas avoir été voulu. Il méritait mieux que ça.

Le week-end est bien noir. On ne trouve rien d’autre de mieux à faire que de pleurer ensemble. On est bien, en fait. On est bien à souffrir ensemble. On se comprend. On parle peu. Juste ce qu’il faut. On a décidé que le bébé était un garçon. On lui a donné un prénom. On se demande si il compte comme un de nos enfants ? Oui, il compte. On se pose des questions de logistiques. Qu’est-ce qu’on répondra aux gens qui nous demanderont combien on a d’enfants ? « 4 avec nous, 1 au Paradis » ? Et l’enfant qu’on va adopter, ce sera notre cinquième ou notre sixième ? Ça n’a pas d’importance, il n’est plus là. Tristesse, désespoir. On fait le deuil.

Paradoxalement, au milieu de tout ça, on est en paix. Je n’ai jamais aussi bien dormi ces derniers jours que depuis plusieurs années. Je suis reposée. Je suis paisible. Mathias aussi. On s’autorise à sourire.

Concentrons-nous sur les vivants. Notre tout petit bébé ne souffre pas. Nos autres enfants ont besoin de nous.

Le lendemain, je refais une prise de sang pour vérifier que mon taux d’hormones est bien descendu et que je n’aurais pas besoin d’un curetage. Ce serait ma hantise : je déteste les hôpitaux… J’y vais à reculons, la gorge serrée.

Je regarde les résultats sur internet le midi même. J’ai peur. La page s’affiche.

Le verdict est devant moi : mon taux d’hormones est remonté. J’ai la sensation de me prendre une claque en pleine tête. Qu’est-ce que ça veut dire ??

Ca tourne, trop d’émotions se chamaillent : le choc, l’espoir, la colère, le soulagement, la panique, la tristesse…

Je ne m’attendais pas à ça !

Ça veut dire que notre bébé s’est accroché ?

On nous a laissé faire le deuil d’un bébé qui n’était pas parti ?

Ouf, je n’ai pas fait de fausse couche…

Attendez, je suis enceinte ? Mais je ne suis pas prête !

Oh non, ça veut dire qu’on doit annuler notre projet d’adoption ?…

La commission nous a accordé l’agrément d’adoption le jour où j’ai appris que j’étais toujours enceinte. Quelle drôle d’ironie.

Je ne sais plus quoi penser. Être triste, me réjouir ? Où suis-je censée me situer maintenant ? Quelle est la légitimité de mes émotions au milieu de cette tempête ?

Je dois me réjouir, bien-sûr. Une nouvelle vie est un cadeau. Qu’elle soit arrivée par surprise ne veut pas dire qu’elle ne fait pas partie d’un plan plus grand que le mien. Il va juste me falloir du temps. Et je pense qu’il n’y a rien de mal à avoir besoin de temps.

Petit bébé, merci de t’être installé sans y avoir été invité.

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Je ne l’ai pas aimée tout de suite

Je ne l’ai pas aimée tout de suite.

Elle est née comme je l’avais rêvé, chez moi, en compagnie de son papa et de notre sage-femme.

Pas tout-à-fait comme je l’avais imaginé, bien-sûr. Elle a pris son temps. Elle a choisi de naître en plein milieu de la journée, à l’inverse du cocon nocturne que j’avais naïvement espéré, et à une date que j’aurais préféré éviter.

Mais peu importe. Elle est née le jour où elle devait naître, et d’une façon presque idyllique.

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Alors pourquoi je n’ai pas senti cette montée d’amour maternel dès que je l’ai prise dans les bras ? Je ne sais pas.

Peut-être que c’était le choc de découvrir qui elle était. Une fille ! J’étais persuadée d’attendre encore un petit garçon.

Peut-être que c’était plutôt les commentaires des autres qui, immédiatement après leurs chaleureuses félicitations, enchaînaient avec un clin d’œil – coup de coude en appuyant à QUEL POINT je devais être heureuse d’avoir ENFIN une fille. Tous ceux sûrs et certains que j’avais secrètement espéré que ce soit le cas pendant toute ma grossesse sans jamais oser l’avouer.

Et dans mes rêves les plus fous – quand je me disais « Et si ?… » en imaginant une potentielle fille – elle avait la peau claire, les cheveux châtains, une bouille toute ronde et des petits yeux noisettes. Elle ne ressemblait pas du tout au bébé réel que je tenais dans les bras, qui me regardait de ses grandes billes noires, vêtue d’une peau presque métisse, et qui pesait moins lourd que tous ses frères à la naissance.

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Oh, je ne l’ai jamais repoussée. Elle était si petite ! Si mignonne ! Si bébé !

Les premières semaines, je m’occupais d’elle avec plaisir. J’étais tellement heureuse d’avoir à nouveau un bébé. Mais j’étais aussi très consciente que je prenais soin d’elle comme je l’aurais fait de n’importe quel bébé : par amour des nouveaux-nés, par amour des premiers gestes de tendresse, par amour du portage, de l’allaitement, des vêtements miniatures, de l’idée d’une famille nombreuse ; sans doute aussi un peu par fierté d’avoir accouché et par bonheur de retrouver mon corps. Mais pas parce qu’elle était MA FILLE.

Elle était très facile. Elle dormait beaucoup (comme cela a bien changé aujourd’hui !), elle ne pleurait jamais, elle se nourrissait très bien, et elle était déjà visiblement très en éveil. Rien de bien compliqué.

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Malgré tout, au fil des semaines et des mois qui passaient, j’étais de plus en plus vigilante au moindre signe d’amour que je pouvais éprouver envers elle… Et il y en avait, bien-sûr. Pourtant, à aucun moment je ne les ressentais comme l’amour inconditionnel et surpuissant d’une mère envers son enfant. Est-ce que mon amour pour elle à cette époque était fragile ? Est-ce qu’il aurait été mis à l’épreuve si elle n’avait pas été aussi facile ? Peut-être. Sans doute. Heureusement, la question ne s’est jamais posée.

Et puis il y a eu un matin, quand elle avait neuf mois (la durée d’une grossesse, coïncidence ou pas ?), un matin où j’ai SU. Je l’ai sortie du bain, comme d’habitude, j’ai déposé un bisou dans le creux de son cou, ma faiblesse, je l’ai regardée, elle m’a regardée, et pour la première fois, nos regards se sont vraiment rencontrés. Et dans ses immenses yeux noirs, j’ai vu la promesse d’un lien qui ne faillirait jamais. J’ai vu nos ressemblances. J’ai vu que je l’aimais.

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Si vous me demandez maintenant à quel point je l’aime, je vous répondrai sans hésitation que je mourrais pour elle, que mon cœur se remplit de joie rien qu’à penser à elle, et que je me sens incroyablement bénie d’être sa maman. Et je vous le répéterai encore pour être sûre que vous ayez bien compris que mon amour pour elle est indiscutable, et d’ailleurs, est-ce que vous êtes conscients que vous parlez d’une personne EXCEPTIONNELLE ?

Si seulement vous pouviez la voir comme je la vois.

Ma fille.

Je ne l’ai pas aimée tout de suite, mais maintenant, qu’est-ce que je l’aime !

 

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Sur un de ses pyjamas de naissance : « programmé(e) pour aimer »

Grossesse, accouchement, nouveaux-nés

Il y a un an

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Il y a un an tout pile, mon mari prenait cette photo avec mon téléphone portable.

Une photo de mauvaise qualité mais qui est tellement chère à mon cœur.

Il y a un an tout pile, j’accouchais chez moi, soutenue par ma merveilleuse sage-femme et mon merveilleux mari.

Notre quatrième enfant, mon premier accouchement à domicile

Il y a un an tout pile, notre petite Eden venait de nous rejoindre 

On était persuadés d’attendre un quatrième garçon…

La surprise, le choc, quand on a vu que c’était bien une fille !

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Eden était un bébé extrêmement calme, très facile, toujours collée à son papa ou sa maman, sans problème particulier… hormis les nuits qui sont encore parfois difficiles (pour nous !) car mademoiselle aime bien se réveiller à intervalles réguliers 🙂

 

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Aujourd’hui elle reste une fille très calme, mais aussi déterminée, drôle, câline, dégourdie… Elle a trois dents, elle a fait sa première nuit complète il y a deux jours, elle mange peu (mais suffisamment), elle fait craquer ses parents en un battement de cils, elle signe « tétée », elle dit « mama », elle sait marcher mais elle s’arrête quand elle s’aperçoit qu’elle ne prend appui sur rien, elle sort de sa chaise haute en quelques secondes dès qu’on a le dos tourné, elle triture le chat, rit avec ses frères, … Un VRAI bonheur, cette petite aux yeux noirs et à la peau si mate !

Joyeux anniversaire Eden. On dirait jamais assez combien on t’aime !