Grossesse, accouchement, nouveaux-nés

Quand elle est née

(Warning : même si je serai toujours en faveur de l’accouchement à domicile, ce n’est pas une naissance que j’ai particulièrement bien vécue. Je ne dirais pas qu’elle m’a traumatisée, mais je suis très déçue de la façon dont les choses se sont passées à la fin et encore sous le choc de l’intensité de la douleur. A ne pas lire donc si vous êtes de nature anxieuse ; et pour les autres… N’oubliez pas de lire aussi le récit de la naissance d’Eden, qui s’était beaucoup mieux passée (à la maison également))
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Iris – 26 novembre 2018 – 4.760 kg

Elle s’est invitée dans mon ventre sans se soucier de savoir si j’étais prête à l’accueillir. Elle s’y est imposée, comme une évidence qu’on n’attendait pas. Elle a fait sa place, doucement mais sûrement, dans nos cœurs et dans mon corps… et pas qu’un peu !

A sept mois de grossesse déjà, on m’annonçait un gros bébé. Un mois plus tard, on me proposait un déclenchement ; elle pesait déjà plus de 3kg, c’était trop risqué d’aller à terme, paraît-il. Mais forte de mes expériences passées et des connaissances que j’avais depuis amassées sur le sujet, j’ai refusé. On a préféré la laisser choisir la date de sa naissance. Après tout, elle était venue toute seule dans mon ventre, elle n’avait besoin de personne pour la forcer à venir au monde.

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La veille de l’accouchement

C’est dans les premières minutes du 26 novembre que j’ai commencé à avoir des contractions – minuit et quelques, à peine. Après un dernier mois plutôt difficile, j’étais ravie d’avoir enfin un signe que les choses se mettaient doucement en place… Même si je n’aurais jamais deviné à ce moment-là que j’accoucherais le jour même !

Je m’attendais à plusieurs jours de contractions irrégulières, celles qui s’arrêtent et qui reprennent et qui s’arrêtent à nouveau avant le grand jour ; à d’autres signes que mon corps travaillait pour l’accouchement à venir. La perte du bouchon muqueux par exemple, ou bien plus de douleurs au niveau du col (je n’en avais pas du tout – je la portais si haut qu’elle me faisait mal aux côtes et à l’estomac mais absolument pas dans le bas du ventre). Mais rien de tout ça. J’aurais dû m’en douter, bien-sûr, ça se passe rarement comme on l’imagine, ces choses-là.

Je suis restée quelques heures allongée dans mon lit, réveillée de temps en temps par les contractions, pleine d’espoir. Ça ne faisait pas encore très mal, mais c’était la promesse de la naissance à venir, que j’attendais avec beaucoup d’impatience !

C’est vers 4h du matin que je me suis levée, agacée par ces réveils multiples. Je me suis dirigée vers la salle de bain, j’ai eu une petite contraction, et mon cœur s’est mis à battre très fort… L’excitation ! Et la nervosité aussi… Je ne savais pas si c’était pour aujourd’hui, mais je l’espérais. Je lui murmurais des paroles d’encouragement. « Allez viens, petite Iris » Je n’avais pas encore validé le prénom avec Mat (qui ignorait qu’elle était une fille), mais cela faisait déjà plusieurs semaines que je l’appelais ainsi.

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Pendant ce temps-là, je partage quelques photos en story sur mon compte instagram

J’ai dit à ma famille que j’avais des contractions. Tout le monde était aux aguets. Etait-ce le jour J ? Mais impossible de savoir ! J’avais bien des contractions qui ne semblaient pas s’arrêter, mais elles étaient très irrégulières et trop espacées pour être sûre. Là où j’ai commencé à avoir un sérieux doute, c’est quand les enfants se sont levés et que leur simple présence a commencé à m’agacer. Mat a alors emmené les enfants chez la nounou de Noé qui s’était gentiment proposée de garder les enfants pendant l’accouchement, puis il a appelé son travail pour prévenir qu’il ne viendrait pas… et s’est vite rendormi sur le canapé, fidèle à l’homme stressé qu’il n’a jamais été.

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Ça ne me posait pas de problème ; j’ai toujours préféré qu’on me laisse dans ma bulle pendant le travail, et il le savait. Pendant qu’il ronflait, j’ai fait les cent pas dans le salon. J’ai rangé deux-trois trucs qui me dérangeaient. J’ai contemplé le sapin de Noël dont j’aime tant les lumières. Je suis même retournée dans mon lit, dans une vaine tentative d’ignorer les contractions pour voir si elles passeraient.

Et comme elles ne passaient pas, et que si leur fréquence n’augmentait pas, c’était bien le cas de leur intensité, j’ai réveillé Mat qui a appelé la sage-femme vers midi. Il lui a dit que rien n’était sûr (je crois que lui-même n’y croyait pas vraiment), mais que je commençais à avoir du mal à gérer la douleur.

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Entre deux contractions – je commence à y croire !

Becky (la sage-femme) est arrivée en début d’après-midi, toute contente d’être de service ce jour-là. Elle a fait les examens de routine habituels puis a vérifié mon col, à ma demande. Je ne voulais pas qu’elle reste si c’était juste du pré-travail et je ne voulais pas non plus embêter la nounou trop longtemps. « 5 petits centimètres, a-t-elle annoncé, visiblement heureuse pour moi. Je vais rester ici jusqu’à ce que bébé arrive, si tu veux bien. »

Bien-sûr ! Je n’y croyais pas. C’était vraiment le grand jour, cette fois, il n’y avait plus de doute. J’étais ravie ! Même si, je dois l’avouer, j’appréhendais un peu les heures à venir. Je suis à 100% pour les naissances respectées et les plus naturelles possibles (quand c’est possible), mais je n’ai jamais fait partie de ces femmes qui AIMENT accoucher. Pour moi, ça a toujours été le marathon dont je me passerais bien, mais puisqu’il n’y avait pas le choix…

Voyant que les contractions étaient encore assez espacées, Becky m’a proposé de tester le protoxyde d’azote (du gaz hilarant) pour me permettre de me relaxer un peu plus et peut-être dormir un peu en attendant que les choses sérieuses commencent. J’avais déjà essayé, trois fois (pour les garçons), et détesté. Mais pourquoi pas ? J’ai pris l’embout et respiré dedans, et wahou – ma tête s’est mise à tourner, je n’ai pas aimé, je l’ai reposé. Puis j’ai eu une autre contraction, j’ai fermé les yeux, j’ai recommencé, et la sensation de vertige est partie. A la place, j’avais l’impression que ça m’aidait à mieux supporter les premières et les dernières secondes de chaque contraction, et donc de gagner du temps de repos entre deux. Pas si mal que ça finalement… D’ailleurs, j’ai même fini par m’endormir un peu !

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Mais ça n’a pas duré longtemps. J’ai vite eu besoin de m’asseoir, puis de me mettre debout, puis de m’agenouiller en prenant appui sur l’accoudoir de notre fauteuil bleu. Dans cette position, je pouvais reposer ma tête quand les contractions me laissaient tranquilles, et observer la jolie guirlande du sapin 🙂

Mat (qui entre temps avait prévenu nos familles que bébé allait bientôt arriver) a lancé un peu de musique. La première qui s’est enclenchée était une chanson chrétienne, « Praise you in this storm » (= je te louerai dans la tempête), qui m’a beaucoup aidée à supporter les prochaines contractions. Becky continuait à me proposer de manger et de boire pour que je ne puise pas trop dans mes réserves. Ça tombait bien, Mat avait préparé ses fameux « Krispy cakes », un concentré de sucre plutôt très bon 🙂 J’en ai grignoté quelques-uns quand je le pouvais.

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Becky surveille le cœur du bébé. Les biscuits et le verre d’eau sont sur le tabouret à côté de moi 🙂

Et puis petit-à-petit, comme il fallait s’y attendre, la douleur s’est installée pour de bon. J’avais de plus en plus de mal à la gérer. Je tentais comme je pouvais de respirer calmement, de focaliser mes pensées sur des choses positives, mais ça ne marchait plus vraiment. Je sentais beaucoup de pression, mais pas celle de quand bébé arrive. J’avais plutôt l’impression que mon corps poussait pour rompre la poche des eaux… mais sans succès.

Pourtant, Becky a reconnu les signes de la fin et a appelé une deuxième sage-femme en renfort, comme c’est de coutume en Angleterre. Elles travaillent en équipe sur des horaires précis et sont rattachées au NHS (le système de santé anglais) et à l’hôpital de la région. Selena est arrivée peu après, alors que je commençais à avoir beaucoup de mal à supporter la douleur.

Et pendant ce temps-là, elle bougeait. Mais elle bougeait ! Elle ne s’arrêtait plus ! J’ai fini par lui crier « Mais tu t’arrêtes oui ?? Tu ne vois pas que tu provoques les contractions avec tes coups ? » Elle ne m’a pas écoutée. J’ai pleuré. J’en avais marre.

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J’avais mal, très mal. C’est facile à écrire comme ça, mais ce n’était pas du tout facile à vivre à ce moment-là. Je respirais toujours le protoxyde d’azote quand je pouvais, mais je l’arrêtais vite pour me concentrer sur ma respiration – pas pour essayer de la ralentir, mais parce que l’intensité des contractions me coupait la respiration ; j’essayais juste de garder un minimum d’air dans les poumons, tant bien que mal, comme quelqu’un le ferait pour éviter la noyade. L’instinct de survie. Rien d’héroïque. Je savais qu’il fallait passer par là, mais il fallait qu’elle naisse vite, je ne pouvais pas tenir encore plusieurs heures comme ça !

Emmenez-moi à l’hôpital, par pitié, vous ne voyez pas que je suis en train de mourir ? Aidez-moi, quelqu’un, aidez-moi.

A bout de forces, j’ai supplié Becky de percer la poche des eaux. Ça faisait trop longtemps que j’endurais et je SAVAIS que c’était ça qui gênait. J’aurais aimé avoir la patience que ça se fasse tout seul, ou même que ça ne se fasse pas du tout et qu’elle naisse coiffée… Mais NON, je n’en pouvais plus, il fallait faire quelque chose, maintenant. Ce n’était peut-être pas le meilleur choix à prendre, mais c’était le mien.

Becky n’était pas très pour, mais elle a cédé devant mes supplications. Ça a été très rapide. Une seconde, peut-être deux ? Et j’ai senti un liquide chaud couler sur mes jambes, suivi immédiatement par la sensation de bébé qui s’engage, et d’une contraction encore plus intense que celles que j’avais eues jusque là.

C’est étonnant, cette douleur. L’écrire ne lui fait pas justice. On croit avoir si mal que jamais RIEN ne pourra faire aussi mal… Et en fait si, c’est possible, si, il y a pire.

J’ai sauté, de retour dans ma position agenouillée et soutenue par l’accoudoir, pendant que mon corps poussait douloureusement ce bébé imposé. Je savais déjà, vu la douleur et les sensations qui m’habitaient, qu’elle ne serait pas du même gabarit que sa sœur. Certes, depuis la naissance d’Eden, j’avais oublié la douleur ; mais je n’avais pas oublié les pensées qui avaient traversé ma tête. Je me souviens m’être dit « ça va, c’est supportable », et « ouf, elle a une petite tête ». Pas de comparaison possible, c’était bien plus difficile cette fois-ci.

Paniquée, j’ai attrapé les mains de Mat pour les serrer de toutes mes forces pendant les contractions. J’ai hurlé. C’est beau les accouchements silencieux… Mais il n’y a rien de mal non plus à rugir de cette puissance qui s’empare de nous à ce moment-là. Je n’aurais pas pu faire autrement de toute façon. Mon corps travaillait si fort que je sentais les gouttes de transpiration se former et couler à chaque contraction. Et Mat avait du mal à garder mes mains dans les siennes tellement elles étaient moites !

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Mais, elle arrivait, c’était presque la fin. J’étais en train de pousser. Bientôt la délivrance. Bientôt la rencontre !

Manque de chance, c’était aussi pile l’heure du changement de garde pour les sage-femmes. Sont arrivées deux nouvelles sage-femmes que je n’avais jamais rencontrées, et qui n’ont pas eu le temps de se présenter. Elles devaient remplacer Becky et Selena, mais puisque bébé avait décidé de venir maintenant, toutes les sage-femmes ont dû rester. C’est comme ça que je me suis retrouvée au milieu de mon salon, agrippée aux mains de mon mari, avec quatre sage-femmes (dont trois que je ne connaissais pas) qui attendaient peut-être aussi impatiemment que moi que bébé arrive enfin.

J’ai senti sa tête. Elle était juste là ! J’ai attendu la prochaine contraction. Il n’y en a pas eu tout de suite. Je n’étais pas inquiète, mais il faut croire que cette petite pause a effrayé les sage-femmes qui se sont empressées de venir l’aider à sortir. Moi qui voulait qu’on me laisse tranquille… Mais impossible d’argumenter à ce moment-là. J’étais toujours concentrée sur le fait de respirer suffisamment pour ne pas mourir (c’était en tout cas la sensation que j’avais). J’ai senti des mains tirer, d’autres qui m’ont aidée à lever ma jambe. J’ai entendu des voix murmurer des choses que je n’ai pas compris et d’autres me demander de pousser même sans contraction. Alors j’ai poussé. J’avais envie que ça se termine.

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Si seulement ça avait pu mieux se terminer. J’ai poussé. Elle est sortie. Son petit corps a été rattrapé par une des sage-femmes. Je ne sais pas laquelle, parce que j’avais les yeux fermés, toujours sous l’emprise des contractions qui avait repris. C’est que le travail n’était pas terminé, il fallait encore s’occuper du placenta. J’allais baisser la tête pour regarder ma fille, quand j’ai senti quelque chose de désagréable contre ma cuisse. Sans ouvrir les yeux, j’ai compris : on m’avait injecté de l’ocytocine, un produit souvent utilisé pour provoquer les accouchements. Ça déclenche des contractions, ou dans mon cas, ça les intensifie… Pourquoi est-ce que j’ai eu cette piqûre alors que ma sage-femme savait que je n’en voulais pas ? Il se trouve que l’une de sage-femmes présentes, qui n’avait pas encore pris le temps de lire mon dossier, a rapidement jugé que j’étais à risque de faire une hémorragie et, sans trop concerter les autres, s’est dépêchée d’agir.

Le résultat a été catastrophique pour moi. Si les contractions étaient insupportables quelques minutes auparavant, elles avaient maintenant pris le dessus sur TOUT. Tout mon corps, toute ma tête, tout l’univers, il n’y avait plus rien que de la douleur et de la panique, et si j’avais pu choisir de mourir à ce moment-là, c’est le choix que j’aurais fait.

Il n’y avait aucune raison valide pour cette intervention. Je ne saignais pas trop. Les contractions étaient revenues. D’ailleurs, le placenta est sorti au bout de quelques toutes petites minutes, peut-être même quelques secondes seulement après la naissance d’Iris. Il a surpris les sage-femmes. Je l’ai entendu, celle qui m’a fait ça, s’exclamer « oh ben ça, je ne m’y attendais pas, il serait sorti tout seul ». Et j’ai entendu Becky, quand elle a vu que j’avais eu l’injection d’ocytocine, reprendre sa collègue pour lui dire tout bas « elle ne la voulait pas »…

Mais c’était trop tard. J’étais perdue, envahie, complètement en détresse, et mon corps est parti en overdrive. Je n’arrivais plus à respirer, je ne pouvais plus ouvrir les yeux, je tremblais de partout, je sentais mon cœur battre si fort qu’il allait transpercer ma poitrine d’un moment à l’autre, tout tournait autour de moi et plus rien n’avait de sens. Surtout pas les sage-femmes qui m’encourageaient, comme si de rien n’était, à attraper ma fille pour la rencontrer. Complètement inconscientes quant au fait que je n’en étais absolument pas capable, et que de les entendre prétendre que j’allais bien ne faisait qu’empirer la chose.

Sauf Becky, celle qui avait suivi ma grossesse… La seule finalement qui me connaissait un peu et qui semblait se soucier de ce que je ressentais. Elle aurait dû partir, mais elle est restée. Elle savait que j’avais besoin d’elle.

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C’est elle qui a proposé à Mat de faire du peau-à-peau pendant qu’elle s’occupait de moi. Elle qui m’a aidée sur le canapé et qui m’a murmuré des choses à l’oreille pour tenter de me calmer. Je ne sais pas ce qu’elle m’a dit, mais sa voix était rassurante. C’est encore elle qui est venue m’apporter des anti-douleurs. C’est elle qui a essuyé mes larmes, qui m’a félicitée, qui m’a dit que j’avais fait du bon travail et que j’avais réussi. Que ma fille était là, qu’elle allait bien, qu’elle était en sécurité avec son papa, que je prenne le temps d’aller mieux et que je serais heureuse de faire sa connaissance.

Elle a attendu que les anti-douleurs fassent suffisamment effet pour que j’arrive enfin à respirer normalement, puis à ouvrir les yeux. Faiblement d’abord, mais petit-à-petit, j’ai retrouvé mes esprits. Et j’ai pleuré. J’ai pleuré et j’ai demandé POURQUOI, pourquoi j’avais aussi mal ? Est-ce que c’était normal ? Est-ce que ça allait aller mieux ? Elle m’a dit oui, m’a donné de l’eau, puis m’a tenu la main sans rien dire. Et puis elle s’est excusée, et elle est partie. Ça faisait déjà une heure qu’elle aurait dû être chez elle. Je ne sais même pas si elle aura été payée pour cette heure supplémentaire qu’elle a passée avec moi, mais je sais que je n’oublierais jamais son dévouement au milieu de toute cette agitation. Selena, qui avait les mêmes horaires que Becky, est partie en même temps qu’elle.

Je me suis alors retrouvée avec les deux sage-femmes qui venaient prendre la relève, dont je ne connaissais pas le prénom et qui avaient clairement envie de partir elles aussi. Je les avais entendu discuter d’une autre patiente dont le travail avait commencé et qui les attendait. Bien-sûr, elles étaient bloquées ici tant que cet accouchement-là n’était pas terminé, et il restait encore quelques petites choses à faire. Des points de suture d’abord, un tout petit peu mais quand-même. J’ai su que j’en aurais besoin quand j’ai poussé contre l’instinct de mon corps et que le sien (à ma fille) a glissé dehors. Mais surtout, des notes à prendre, beaucoup de notes, des cahiers à remplir ! Elles se sont installées toutes les deux, en silence, pour se dépêcher de tout écrire. Je les ai interrompues pour leur demander de m’aider à m’asseoir. Les anti-douleurs commençaient à bien marcher, je voulais revenir au monde réel. J’ai demandé aussi un biscuit, pour reprendre des forces. Je l’ai eu – pas balancé à la figure, mais presque. J’ai clairement eu le sentiment de les déranger dans leur travail. Alors je n’ai plus rien dit.

A la place, ENFIN – j’ai regardé Mat et le petit corps qu’il tenait tendrement dans ses bras. Je lui ai fait un sourire. « T’es content ? » j’ai demandé. Pour réponse, il m’a rendu mon sourire, s’est approché de moi, et m’a tendu ma fille. Je l’ai prise dans les bras et je l’ai serrée comme on serre un trésor fragile… Mes larmes ont coulé. Ça faisait presque deux heures que j’avais accouché. Enfin, c’était réel, c’était fini. Elle était née.

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[EDIT : Suite à vos nombreux commentaires, en particulier sur Instagram, je tiens à préciser que je n’en veux pas du tout à cette sage-femme. Ce n’est pas qu’elle a été inhumaine, c’est qu’il n’y a PAS eu le temps d’apprendre à se connaître et qu’elle a agit vite devant l’urgence de la situation, comme elles sont amenées à le faire de temps en temps. Cette fois-là, elle s’est trompée- mais son intention était bonne. Quant aux sage-femmes ayant pris la relève qui avaient hâte de partir, je les comprends aussi. Elles sont en terrible manque de personnel ici et sous une pression difficile à imaginer. Elles devaient certainement penser à cette autre maman qui les attendait, paniquée elle aussi, et qui méritait tout autant que moi d’être prise en charge. Malheureusement, je suis sûre que c’est une situation qu’elles regrettent elles aussi. Beaucoup, comme Becky, se retrouvent à faire des heures supplémentaires et à aller bien au-delà de ce que leur impose leur contrat. Bref, ce sont des détails qui ont participé à rendre la fin de mon accouchement décevante, mais s’il-vous-plaît, ne descendez pas ces femmes qui font un métier formidable dans des circonstances difficiles… PS : J’ai depuis pu discuter de la manière dont les choses se sont passées avec Becky, et cela m’a aidée à comprendre certains gestes, notamment la raison pour laquelle elles ont assisté Iris à sortir. Outre la pause dans les contractions (qui était finalement plus longue que ce que j’ai ressenti), elle avait le cordon serré autour du cou, ne tournait pas sa tête malgré mes poussées (ce que font normalement les bébés pour dégager naturellement les épaules), et devant l’évidence de son grand gabarit, elles ont craint une dystocie et ont agit pour l’éviter.]

34 réflexions au sujet de “Quand elle est née”

  1. Je suis très émue de lire ton récit. Cela me ramène à mon propre vécu avec mes 4 accouchements.
    Tu as réussi et ça n’était pas facile. Encore félicitations à toi, à ton mari, à ta jolie famille.

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  2. J’ai tellement de peine quand Je lis ça mais également d’admiration pour ton courage et ta foi . C’est fini elle est là elle est bien là !
    Vous êtes un arc en ciel
    Famille manouche

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  3. Merci de partager ton récit.
    Tellement désolée pour toi que ce ne se soit pas passé comme tout a fait comme tu le souhaitais.
    Ces sages femmes alors….. Je ne sais même pas quoi dire….
    Navrée pour toi.
    Encore toutes mes felicitations et bravo pour ta force.
    Bienvenue à Iris dans sa si jolie famille

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  4. Bonjour, merci pour cette émotion. Peut-être qu’un Josiane tu es d’accord je te ferai le récit de mon accouchement à domicile pas prévu du tout… Si tu es d’accord bien sûr !
    Heureuse fin d’année !!!

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  5. J’en ai eu les larmes aux yeux, j’ai moi même accouché sans péridurale pour mon deuxième mais je n’ai pas ressenti cette sensation de mourrir que beaucoup de femmes éprouvent lors du travail. Juste la phase de désespérance où l’ont se dit que jamais l’ on n’arrivera à supporter une autre contraction et c’est vrai qu’à ce moment là’ j’avais avec moi une sage femme que je connaissais et qui m’a aidé mentalement , qui m’a motivé et qui aura toujours une place dans mon cœur pour cela. Je suis tellement désolée en te lisant et même en colère pour toi que l’on n’est pas respecté tes souhaits, ni pris en compte ta douleur. Et bien sûr Le plus important dans tout ça c’est que vous alliez bien toutes les deux mais j’imagine que cela laisse une trace amère. En parler c’est déjà un début pour arriver à mieux digérer. Prenez soin de vous

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  6. Très émue par le récit de ton accouchement. Félicitations et bravo, quel incroyable et difficile épreuve cela a du être!
    Merci pour ce partage, je me sens moins seule dans mon vécu (3 accouchements naturels de gros bébés, cela a été traumatisant, impression de mourir aussi, impossibilité de me retenir d’hurler et de perdre pied pour mon dernier notamment).
    Plein de bonheur à vous tous et une longue et heureuse vie à Iris!

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  7. Très très émouvant Héloise. J’ai ma petite larme au coin de l’oeil en cette fin de récit qui heureusement se termine bien dans le sens que tout le monde va bien aujourd’hui d’après ce que je peux suivre sur ton compte Instagram. Félicitations pour ce parcours de folie ! Tu es super forte et même si « il n’y avait pas le choix », eh bien tu l’as quand même fait. Il ne nous est pas attribué des épreuves qui ne sont pas à la hauteur de nos capacités, tu en était capable et tu as réussi ! c’est beau à constater. Tu dois être si fière de toi ! Bravo à toi et à ta petite Iris car elle a aussi travaillé 🙂 Pour ce qui est du suivi (avant, pendant, après), je constate tristement que même si le mode d’accouchement est moins médicalisé, il reste tout de même encadré par des personnes et c’est là le coeur du sujet à mon sens, en hôpital ou à la maison, pour moi l’important c’est que l’accompagnement se fasse humainement. Ce n’est pas chose évidente du tout !… (je n’ai eu qu’une expérience pour le moment et elle a été mauvaise, car déshumanisé)
    Merci pour ce partage. Félicitations et pleins d’amour vers vous ! :*
    EM.

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  8. J’ai beaucoup d’admiration pour Mat et toi d’avoir résisté à la panique en affrontant autant de douleur surtout la part attribuée au comportement des sages-femmes qui aurait pu être évitée. Mais bon c’est fait, c’est fait et j’espère que cet accouchement si difficile ne te laissera pas trop de séquelles physiques et émotionnelles. Bon rétablissement 🙂

    Ps: je ne suis pas croyante mais force est de constater que tu es habitée par une foi si forte et si profonde qu’elle t’a été d’une aide précieuse pendant cette épreuve. C’est magnifique à lire.

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  9. Cette photo quand tu la prends enfin dans tes bras… Elle me remue à chaque fois que je la vois, tellement belle et puissante. Encore plus maintenant que j’ai pu lire le récit de ton accouchement.
    C’est tellement dommage que ça se soit passé ainsi… Je comprends parfaitement ton stress par rapport à l’injection, je n’ai pas vécu la même chose mais le fait d’être obligée d’être sous perfusion pour mon accouchement m’a tellement traumatisée… (Cette foutue aiguille qui ne tenait pas en place, le fait que ce n’était pas prévu, ne pas pouvoir bouger comme je veux… ) Merci pour ce récit, pour te livrer comme ça à nous, sans filtre. Ça m’a émue

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  10. Un grand merci Héloïse pour ton témoignage. Comme tous les commentaires précédents je suis émue aux larmes en te lisant.
    Merci à toi et à ton mari Mat pour le témoignage que vous offrez. Je suis en particulier très émue par les photos. Quel sang-froid d’en prendre à ce moment!
    C’est très généreux d’être témoin de votre vie comme ça. Vous le faites avec beaucoup d’honnêteté et de courage.

    Je compatis avec votre douleur et déception. Merci aussi d’offrir votre témoignage simple et beau sur cela aussi.

    Rétablis-toi bien et prenez soin de vous tous durant ce chemin de l’Avent!

    Bienvenue à toi belle Iris!

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  11. Félicitations pour cette naissance. Je suis désolée que les sages femme n’aient pas pris le temps de prendre en compte tes envies et besoins. Mais malgré cela tu as réussi à mettre au monde ton 5e enfant. Encore une fois tu as participé à un miracle. Félicitations à toi, ta famille et bienvenue à ton bel arc en ciel

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  12. Merci pour ce récit si émouvant! Je vous suis depuis un moment maintenant et je vous admire de plus en plus. Merci de nous faire partager tous ces instants si précieux, sans édulcorer. Votre famille est inspirante, vraiment. Et bravo à vous d’aller au bout de vos convictions. Pour ma 2ème, j’ai fini à genoux à supplier la sage-femme d’appeler l’anésthésiste pour la péridurale. Je trouve cela tellement beau d’accoucher naturellement mais je n’y arrive pas.
    Félicitations pour votre courage, et pour l’arrivée de votre magnifique petite Iris. Que Dieu bénisse votre jolie famille!

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  13. Merci Héloise pour ce récit si vrai, si émouvant. Merci d’avoir mis des mots sur des choses, que je n’arrivais pas à décrire pour mes propres accouchements. Tu as été si courageuse… Je ne suis pas douée pour écrire des jolies phrases, alors je reste sans mots face à ce récit, qui me touche énormément. Cette naissance, en même temps si douloureuse, si mouvementée, mais tout de même si miraculeuse, vous a quand même laissé le plus beau des cadeaux; votre petite fille Iris. Je te souhaite de pouvoir bien te remettre de cet accouchement et que Dieu vous bénisse toi et ta famille!

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  14. Whaou! Que te dire d’autre que: tu es une femme extraordinaire! Ton récit m’a profondément touchée. Ces décisions qui ne sont pas les nôtres nous blessent et nous n’y pouvons rien, sinon les subir. En tout cas, maintenant que tout va bien, je souhaite que tu puisses profiter de ta maternité comme TOI tu l’entends 🙂 Soyeux heureux!

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  15. Bonjour Héloïse,
    Ton récit me remplit de tristesse et de rage. Quand en finirons-nous avec les violences obstétricales?! Quand serons-nous respecté.e.s tout court et particulièrement dans cette période de puissance et de fragilité? Quand le personnel médical nous fera-t-il confiance?
    Merci pour ton témoignage. Je te souhaite énormément d’amour et beaucoup de courage. J’espère que tu arriveras à soigner tes blessures.
    Baume,
    tim

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  16.  » J’ai hurlé. C’est beau les accouchements silencieux… Mais il n’y a rien de mal non plus à rugir de cette puissance qui s’empare de nous à ce moment-là. Je n’aurais pas pu faire autrement de toute façon. »
    Ces mots m’ont ramenée à mon dernier accouchement, naturel lui aussi… Different du tien sauf sur ce point là, ce hurlement qui fait que mon homme m’appelle sa guerrière quand il raconte l’accouchement. Merci pour ton texte !

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  17. Bonjour Heloïse, très émouvant ton récit! C’est dommage que tu aies dû subir tous ces concours de circonstances avec les sages femmes… Et c’est toujours un peu frustrant de s’entendre dire après « oui mais l’important c’est que ton bébé aille bien », oui bien sûr mais il y a certaine choses difficiles à digérer! Heureusement que les aspects négatifs finissent par s’estomper… D’une manière générale, on devrait mieux informer les mamans sur ce qu’elles peuvent demander, ce que le personnel peut faire, ce qui est normal ou pas, etc, etc. pour éviter de se retrouver dans des situations trop difficiles à supporter! En Suisse par exemple, à l’hôpital il y a une psychologue qui passe pour demander si tout s’est bien passé et si il y a quelque chose qu’on a mal vécu, je trouve ça bien!
    Beaucoup de bonheur avec ta famille pour la suite!
    Christelle

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  18. Tres émouvant Heloise , merci d’avoir partagé ce récit magnifique. Il est certes intense mais tu peux être fière de toi, c’est le récit d’un accouchement vieux comme le monde , plein de souffrances, d’inconnu, d’inattendu, de rebondissements pour au final laisser place à une chose magnifique Dieu merci: un bebe contre sa maman, une victoire, une nouvelle histoire qui commence. Bravo à toi , bravo au métier de sage femme et longue vie à Iris. Bisous. Karen

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  19. Quel témoignage… J’en ai eu des frissons… Belle et longue vie à votre petite Iris, ainsi qu’au reste de votre superbe famille. Nous avons des valeurs communes, cela ne fait aucun doute. J’ai vraiment grand plaisir à vous suivre 🙂

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  20. Wahou je suis en larmes, merci de nous partager ton accouchement, je suis désolée tellement désolée pour toi que ça ne se soit pas passé comme tu l’avais prévu (même si ça ne se passe jamais comme tu l’avais prévu) Bravo à Becky et bravo à toi et Mat, vous êtes incroyables et bienvenue au monde jolie Iris !

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  21. Et je pleure! Merci Héloïse ton récit est magnifique très émouvant! Je comprends mieux pourquoi tu disais que tu étais déçue! Effectivement c’était pas l’accouchement que tu imaginais. Et quelle douleur !!!! Bravo! Encore bienvenue jolie Iris! Plein de bonheur avec vous 7!

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  22. Félicitations pour votre petite Iris! C’est un très beau récit.
    J’ai moi aussi eu une injection d’ocytocine non voulue, et par surprise (« mais aaaaaille ?? qu’est-ce que vous faites ?? ») alors que mon fils venait à peine de sortir quelques secondes plus tôt, sans péridurale et après 3 poussées express. Et pour moi aussi le placenta est sorti immédiatement après. Sur le moment j’étais un peu fâchée de cet acte inutile effectué sans prévenir, mais par chance je n’ai pas ressenti les mêmes douleurs insupportables décrites ici. On m’a par la suite expliqué que lorsque la naissance est très rapide il y a un plus grand risque de rétention placentaire et donc d’hémorragie. Les sage-femmes ont vraisemblablement pris cette décision dans l’urgence et dans une bonne intention… mais ça n’enlève pas le souvenir désagréable de ces 2h qui ont suivi. Je vous souhaite de le remplacer bien vite (le souvenir) par de joyeux moments à …7 !

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  23. Merci jolie heloise de nous avoir partagé ta journée… enfin la journée de naissance de la belle iris !!! Ben suis toute émue jai limpression davoir vécu ca avec. Toi .. avec vous . Je te suis sur insta.. et des le matin jetais excitée a l’idée de savoir que ca y est cetait le grand jour !!!! Puis vers 16h jai regardé et yavais un post de toi puis plus rien. Et la jai su… ça y est bébé est né !!!!

    Cette douleur de délivrance… cette impression de se noyer cette terrible doyleur indéfinissable… je lai vécu ppur mes deux accouchement…. pour ma première cetait un déclenchement car elle avait des irrégularités dans son rythme…jai eu bcp de mal à gérer … pour la seconde je my suis encore mieux préparer on a laisser la nature faire elle est arrivé a j+1 jai gere comme une chef le plus naturellement possible et tout avait etait respecter …j’aurai aimé un aad… mais tu sais comme cela est difficile en France… et en plus mon homme etait contre… malgré cela cetait presque ca …. lol

    Merci de partager avec nous ta ptite vie … j’adore bravo pour tout ❤ ❤ ❤

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  24. Quel courage bravo a toi…. Ça fait peur de te lire mais je suis contente de t’avoir lu. Tu as été très courageuse, vraiment. Bravo. Que cette petite iris vous apporte bcp de satisfaction. Que sa vie soit pleine et entière, remplie de belles choses et plus encore.

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  25. Courage! Tu n’es pas seule. Ça va aller de mieux en mieux. Tu as fait un travail formidable pour un résultat formidable. Ça arrive tous les jours les naissances, mais ce n’est que quelques fois dans la vie d’une femme (5 déjà pour toi 😊). C’est un moment hors du tps qui mérite que des attentions hors du commun des autres envers toi et de toi envers toi. Laisse toi du temps, sois indulgente envers toi. Bravo et merci de nous partager tout ça. Prenez soin de vous Jolie famille 🤩

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  26. L’accouchement, une épreuve où deux âmes et deux corps sont à la fois si proche de la vie mais aussi de la mort… Et je trouve que cela se ressent dans ton récit. Tu cherches à être au plus près de ton ressenti et de tes émotions dans le texte que tu nous livres, or je veux bien croire que les mots ne suffisent pas ou plus pour en décrire tant. Merci pour ce témoignage poignant. Merci pour ces magnifiques photos, vraies et sans filtres. Je vous souhaite que le choc et la douleur puissent laisser place à la douceur, au calme et au repos. Bienvenue dans ta famille jolie Iris, bébé de l’alliance entre la terre et le ciel, prunelle des yeux de ceux qui t’aiment, fleur délicate au parfum précieux. Tu as une mère courageuse et forte. Que Dieu vous accompagne dans cette nouvelle étape de vie.

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